Actualité Nationale D'Haïti

Magazine Hebdomadaire N°17-

Sénateur Guy Philippe et Commissaire Jean Ernest Muscadin

EST-CE UNE ALLIANCE MORT-NÉE ?

Haiti-Espoir
Dépôt légal 15-12-827

Revue de l’actualité nationale et internationale

# 17
DECEMBRE 2025
Guy Philippe
Politique Nationale

Sénateur Guy Philippe et Commissaire Jean Ernest Muscadin


Par ailleurs, la question se pose :

EST-CE UNE ALLIANCE MORT-NÉE ?

Flash Information

En outre, le CEP publie enfin le calendrier électoral

Article Haiti-Espoir – Version Finale
Haïti/politique: Sénateur Guy Philippe et Commissaire Jean Ernest Muscadin
EST-CE UNE ALLIANCE MORT-NÉE?
Guy Philippe
Par Jean Hénoc Faroul
Guy Philippe à Port-au-Prince le 29 Février 2004
La possible alliance politique entre le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Miragoane, Me. Jean Ernest Muscadin, et l’ancien Sénateur élu de la Grand _Anse, M. Guy Philippe, annoncée en grande pompe sur les réseaux sociaux, semble mort-née. Les deux hommes, très influents ou connus dans le pays en général, et le grand Sud en particulier, paraissaient mus par le même désir de soustraire le pays à cette vague d’insécurité qui a fini par tuer les activités économiques, sociales et culturelles. Et peut-être celui de prendre la relève de ces dirigeants politiques et autres prédateurs qui maintiennent Haïti dans l’in-gouvernabilité et l’instabilité chronique. Ce qui avait soulevé de l’espoir au sein d’une bonne frange de la population haïtienne. Guy Philippe parlait même de proclamer l’autonomie provisoire du Grand Sud en attendant d’attirer le reste du pays. Ce grand sud comprendrait les départements géographiques suivants : Sud, Grand’Anse, les Nippes, Sud-Est et la région des Palmes. Les partisans et supporters des deux leaders comptaient même lancer le premier janvier 2026 le mouvement aux Cayes, la métropole du Grand Sud. Le Sud est réputé pour avoir lancé des mouvements politiques aux grands impacts :
  • le renversement du Père fondateur Jean-Jacques Dessalines ;
  • l’accueil du libérateur sud-américain Simon Bolivar ;
  • le renversement du Président Jean-Pierre Boyer, celui qui avait passé le plus de temps au Pouvoir en Haïti (25 ans) et dirigé l’île entière pendant 21 ans ;
  • le premier mouvement paysan armé à caractère socialiste des temps modernes en 1844, avec Jean-Jacques Acaau ;
  • le renversement du Président Nord Alexis en 1908, entre autres.
Guy Philippe attend Jean Ernest Muscadin :
Si les partisans de Guy Philippe et Jean Ernest Muscadin sont unis par le désir de les voir agir ensemble, l’harmonie ne semble pas encore établie entre les deux hommes. C’est ce qui ressort de l’interview accordée par le sénateur Philippe au média en ligne _”Aktualite Lari a”_ le 24 Décembre 2025, soit à une semaine du lancement du Mouvement annoncé. Répondant à la question sur ses difficultés à entrer en contact avec Muscadin, Guy Philippe a révélé :
<< Oui, c'est vrai, c'est vrai. Moi, je dis toujours la vérité. J'ai envoyé des émissaires auprès de lui, une délégation auprès de lui, sans réponses. Je comprends que le commissaire se trouve dans une situation difficile. De toutes façons, le Commissaire travaille avec le Gouvernement. Dans le pays on a mis une grande charge sur ses épaules ; on lui demande de prendre une grande responsabilité. Par rapport à la situation du pays, est-il prêt à sacrifier son poste ? Face aux gens du Gouvernement, de l'International, de la classe politique corrompue, et même les policiers qui le servent et qui pourraient se retourner contre lui pour avoir embrassé la cause du peuple, est-il prêt ? >>
L’ex-Commandant rebelle a poursuivi en ces termes :
<< Je sais qu'il est occupé, qu'il est stressé, qu'il est sous pressions ; peut-être qu'il prendra du temps, mais je lui dis qu'il ne nous reste pas beaucoup de temps pour prendre une décision pour savoir ce que nous ferons pour Haïti. Si ce n'est pas le premier Janvier, mais du moins avant le 7 Février, comment nous allons nous mettre ensemble pour bloquer ce train, sinon il finira passer sur nous deux, sur le peuple et sur le pays. >>
Guy Philippe est impatient de voir Muscadin s’engager plus à fond à ses côtés dans le mouvement, mais il comprendrait les limites et contraintes du fonctionnaire public. De ce fait, il en apparaît donc comme le meneur, le leader numéro. Or, il est difficile de concevoir un Muscadin jouer le second de celui que le public lui donne pour associé.
La situation du commissaire de justice Jean Ernest Muscadin :
Commissaire Muscadin Le Commissaire de justice Jean Ernest Muscadin
Le chef du Parquet de Miragoane a construit sa popularité dans sa lutte implacable contre les gangs armés de la capitale, les empêchant de s’étendre dans le grand sud. Certains lui reprochent des exécutions sommaires et la violation de la loi et des droits humains qui en découlent. C’est le cas des récents rapports du Bureau des Nations-Unis en Haïti (BINUH) et du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH). Par contre, une majorité écrasante des Haïtiens de l’intérieur et de la Diaspora le soutient dans ses œuvres avec ou en-dehors des principes judicaires. D’aucuns pensent déjà à le hisser au timon des affaires, au vu de sondages dont on ne sait pas trop la rigueur mathématique et statistique. La population est si fatiguée que la lutte contre l’insécurité est acceptée dans toutes les conditions possibles. Mieux encore ou pis encore, les justiciables de toutes les juridictions du pays rêvent légitimement d’un commissaire Muscadin. Cette approbation de la population pourrait être l’une des raisons pour lesquelles il éviterait de faire des alliances anticipées. C’est peut-être pourquoi, Guy Philippe a mis Muscadin en garde contre _”les chants de sirène”_ qui le tiendraient loin d’une alliance et unité d’actions avec lui, le vieux briscard de la Grande _Anse.
La situation de l’ancien sénateur et commissaire de police Guy Philippe :
Pour sa part, l’ancien militaire et commissaire de police Guy Philippe a construit sa réputation de bravoure dans la lutte armée ayant conduit au renversement du Président Jean-Bertrand Aristide en Février 2004. Lâché par les forces politiques qu’il avait servies contre Aristide, il se serait refugié dans sa région natale de Pestel pour échapper aux coups fatals de l’ingratitude. Elu sénateur de la République en 2016 sous la bannière du parti officiel PHTK, avant son investiture il avait été capturé par la police et extradé vers les USA où il fut condamné à 9 ans de prison pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. A son retour en Haïti, un mouvement politique spontané voulait lui faire jouer un rôle dans la gestion du pays.
Néanmoins, la proposition de son nom pour faire partie de l’actuel Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en Avril 2024, fut repoussée par la Caricom qui la qualifiait de _”blague de mauvais goût”_. Auparavant, une alliance politique tactique avec le leader de parti Pitit Desalin, Moïse Jean-Charles, avait également foiré. Puis, au fort des manifestations contre l’ex-Premier Ministre Ariel Henri en Février 2024, Guy Philippe avait failli laisser sa peau à Laboule. Certains disent qu’un mandat d’amener avait été décerné contre lui. Depuis lors, il regagna sa Grand’ Anse natale.
Les Cayes La ville des Cayes, métropole du Grand Sud d’où partirent souvent au 19ème siècle, des troupes marchant sur Port-au-Prince
La difficile unité entre Guy Philippe et Jean Ernest Muscadin :
Les deux hommes font preuve d’un fort caractère, laissant l’impression de personnes autoritaires. Il s’avèrerait difficile donc qu’ils fassent bon ménage, ou que l’un accepte de jouer le second de l’autre. Muscadin ne semble pas trop faire cas de son poste dont pourtant il ne peut se séparer sans devenir un chef de bande armée, pour sauver sa vie. Philippe pense qu’il n’est pas trop libre dans ses décisions, vu qu’il travaille quand même pour le Gouvernement. Si ce dernier paraît plus libre dans ses actions, mais il a le statut de repris de justice, même si la population n’en a cure. On ne sait trop si sa condamnation par une juridiction extraterritoriale, avait été homologuée par la justice haïtienne. Un point commun : les deux hommes se reposent beaucoup plus sur la légitimité populaire que sur la légalité des actes commis.
Le Commissaire de justice Jean Ernest Muscadin peut ne pas vouloir s’associer à l’ex-Commissaire de police et militaire pour les raisons suivantes :
  • La situation de repris de justice ou de _”fugitif”_ de Guy Philippe ;
  • Le caractère de Philippe qui le porterait à vouloir être le leader du mouvement ;
  • Le caractère de Muscadin qui le porterait à ne vouloir être le second de Philippe;
  • Guy est un militaire qui jouerait avec difficulté le rôle de second d’un civil ;
  • L_expérience de l’échec de l’alliance de Guy Philippe avec Moise Jean-Charles ;
  • Muscadin ne voudrait pas perdre son statut de “Commissaire du Gouvernement” sans lequel il deviendrait un chef de bande armée avec toutes les conséquences juridiques et politiques ;
  • Déjà visé par l’ONU et le RNDDH, Muscadin ne voudrait point enfoncer encore le clou en s’associer avec Guy Philippe ;
  • Les sondages lui donnant déjà pour gagnant de la présidentielle, Muscadin ne voudrait point s’engager dans une tentative risquée d’autonomie du grand Sud ou des manifestations de l’opposition.
C’est peut-être ce qui Guy Philippe appelle _”les chants de sirène”_.
Tout compte fait, malgré certains inconvénients, ces deux hommes restent et demeurent des figures de proue de la politique haïtienne actuelle. Si, pour une raison ou pour une autre, ils ne pourront travailler pour eux-mêmes, ils peuvent encore constituer des fers de lance pour d’autres leaders politiques. Sauf que Guy Philippe a déjà fait l’amère expérience d’aider à accéder au Pouvoir, des gens qui se sont retournés contre lui par la suite. Va t-il faire cavalier seul si Muscadin ne répond pas à ses appels ?
Guy Philippe a dit ne pas vouloir s’arrêter en route. Il aurait déjà fait toute une série de consultations auprès de personnalités respectables ; il compterait alors faire bientôt sa proposition à la Nation. << Mon équipe et moi, sommes déjà prêts pour faire dérailler le train. >> a t-il indiqué.
Pour l’année 2026, d’aucuns voyaient déjà en songe l’entrée à la capitale de troupes libératrices venant du Grand Sud…
Auteur
Me. Jean Hénoc Faroul, M.A
  • – Maitre en Droit/Relations Internationales,
  • – Licencié en Droit,
  • – Licencié en Communication Sociale,
  • – Certifié en Administration Publique,
  • – Certifié en Analyse de l’Information (ONU, Norwegian Defence International Center, NODEFIC, Oslo, Norvège),
  • – Certifié en Droits Humains (Université du Pays Basque, Espagne),
  • – Journaliste de carrière,
  • – Ancien fonctionnaire de l’ONU,
  • – Ancien cadre du Programme d’Appui aux Partis Politiques du National Democratic Institute (NDI)

Calendrier Electoral 2025-2026

Haïti-Élection : L’OHDLP applaudit la publication du calendrier électoral
Haïti-Élection

L’OHDLP applaudit la publication officielle du calendrier électoral 2026 par le CEP

La structure de la société civile haïtienne évoluant dans le secteur des Droits Humains et la Protection de la Liberté de la Presse, dénommée Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) a salué la publication officielle du nouveau calendrier électoral 2026 par le Conseil Électoral Provisoire (CEP) le Mardi 23 décembre 2025. Selon ce calendrier, le premier tour des élections présidentielle et législatives, est fixé au 30 Août 2026., tandis que le second tour des élections législatives et de la présidentielle, ainsi que les élections pour les collectivités territoriales, sont prévus pour le 6 Décembre 2026.

Dans une note de presse de l’OHDLP en date du 26 Décembre, cette structure de la société civile haïtienne a estimé que c’est un pas en plus vers le retour à l’ordre constitutionnel démocratique. En effet, depuis plus d’une dizaine d’années les élections n’ont pas eu lieu dans le pays.

L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse croit que la publication du calendrier électoral constitue une étape importante et déterminante dans le processus électoral haïtien. Le Président du CEP, Jacques Desrosiers et ses pairs ont promis d’organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques, afin de combler le vide constitutionnel et institutionnel qui ont déjà trop duré. Ce vide constitue un handicap majeur pour la reconstruction d’Haïti, d’après l’OHDLP.

Selon cet organisme de Défense des Droits Humains, l’Institution électorale a fixé l’échéancier électoral dans un contexte socio-politique et sécuritaire très controversé dans le pays, où le mandat du Conseil présidentiel de Transition (CPT) prendra fin dans quelques semaines. Pour l’OHDLP, le premier Ministre Alix Didier FILS-AIME devrait assurer les reines de l’Exécutif pour éviter tout retard dans l’organisation des prochaines compétitions électorales.

Le Président du Conseil Électoral Provisoire (CEP), M. Jacques DESROSIERS a appelé l’ensemble des acteurs nationaux – les partis politiques, les organisations de la société civile – et les instances internationales impliqués dans le processus électoral à assumer pleinement leurs responsabilités et à s’engager, afin de garantir des élections crédibles, inclusives et démocratiques.

A cette fin l’OHDLP a demandé aux autorités étatiques de créer des conditions propices à l’organisation de ces scrutins, notamment de garantir la sécurité des électeurs, des agents électoraux en particulier et de la population en général.

Magazine HAITI-ESPOIR – Élection Chili
Élection Présidentielle Chilienne:

LA DROITE REPREND LE POUVOIR

Par Jean Hénoc Faroul
Jose Antonio Kast Jose Antonio Kast. Credit photo : Derstandard.
C’est le candidat du Parti Républicain (extrême-droite), Jose Antonio Kast, qui a remporté l’élection présidentielle chilienne du 14 Décembre 2025, face à son adversaire du Parti Communiste, Jeannette Jara, sur un score de 58.14% contre 41.84% au second tour du scrutin. Pourtant, lors du premier tour du 16 Novembre, la candidate officielle était arrivée en tête avec 26.85% des voix, suivi de Kast, 23.93%. Ce qui avait créé la surprise et l’illusion dans les secteurs de l’extrême-gauche chilienne, latino-américaine et mondiale. Comme on pouvait s’y attendre, les autres candidats qui avaient perdu au premier tour, ont soutenu Kast contre Jara. Cette dernière a pu quand même recueillir une bonne partie des reports de vote, augmentant même son score de 15%.
Jose Antonio Kast succèdera donc au président sortant de gauche Gabriel Boric le 11 Mars 2026 pour un mandat de 4 ans. Quatre ans plus tôt, Boric avait créé la surprise en battant le même Jose Antonio Kast au second. Il avait lors bénéficié de la grogne sociale contre le président Sebastian Piñera, provoquée par sa mauvaise gestion et la crise économique post-Covid-19. Ses promesses de réforme sociale et économique ayant échoué sur fond de résurgence du banditisme, Boric était devenu à son tour si impopulaire que sa pouliche communiste ne pouvait pas gagner.
Le Chili rejoint l’Argentine :
Le Chili a rejoint donc l’Argentine dans la vague droitière qui bouleverse l’océan politique sud-américain. Le président d’extrême-droite argentin, Javier Milei est aux anges. Après avoir laminé en Argentine la gauche de Christina Kircher, ne voilà-t-il pas que juste à côté, chez le rival chilien, un antisocialiste comme lui a pu accéder au Pouvoir. Qui se ressemble, s’assemble ! Kast a presque le même programme que Milei, Trump ou Jair Bolsonaro, ex-mandataire du Brésil :
  • refus du “mariage pour tous” ;
  • rejet de l’avortement ;
  • lutte contre le banditisme urbain ;
  • Lutte contre le narcotrafic ;
  • lutte contre l’immigration illégale.
La montée de l’économie chilienne durant les dernières années a fait du pays un pôle d’attraction pour les pauvres du sous-continent, particulièrement du Venezuela et Haïti déchirés par la violence et la mauvaise gouvernance. Il entend même criminaliser et expulser les immigrants illégaux. « L’année la plus réussie pour les expulsions, va être l’an 2026, après que nous ayons assumé le Pouvoir. », avait-il dit, tout en promettant la réduction et l’annulation des bénéfices sociaux –logement, santé, éducation- pour les sans-papiers.
L’Amérique du Sud divisée en deux camps :
Lula Ignacio da Silva Lula Ignacio da Silva. Photo/crédit : Agencia Brasil EBC.
Au cours du Sommet Mercosur-Union Européenne, la passe d’arme entre Javier Milei (droite argentine) et Lula da Silva (gauche brésilienne) concernant le Venezuela sous pressions militaires des USA, est un exemple de cette dichotomie qui se développe dans la région.

« Une intervention armée au Venezuela serait une catastrophe humanitaire pour l’hémisphère et un dangereux précédent pour le Monde. », Lula.

« L’Argentine accueille favorablement la pression des USA et de Donald Trump pour libérer le peuple vénézuélien. Le temps d’une timide approche sur cette question est terminé. » Milei.
Plus que jamais auparavant, l’Amérique du Sud se trouve divisée en deux camps, avec une avancée irrésistible de la droite après les années roses et rouges de la décennie 2010-2020. La Gauche regroupe : le Brésil, l’Uruguay, la Colombie, le Venezuela, Guyana et Suriname. La gauche est revenue au pouvoir au Brésil avec la défaite de Jair Bolsonaro face à Lula da Silva. Ce camp se rapproche du BRICS, particulièrement de la Russie et de la Chine. Tandis que la Droite est au Pouvoir : en Argentine, au Chili, au Paraguay, au Pérou, en Bolivie, en Equateur. L’argentine, le Chili, la Bolivie et l’Equateur ont fait le virage droite avec les défaites électorales respectives de Gabriel Boric, Kirchner, Evo Morales et Rafael Correa…
Ces leaders de droite ont peut-être leurs raisons de vouloir redresser la barre socio-économique et diplomatique chez eux, mais leur politique migratoire contraste toujours avec l’humanisme des leaders de la gauche. Victimes d’une situation qu’ils n’ont pas créée, d’aucuns pensent que les immigrants Haïtiens et Vénézuéliens méritent bien un peu de compassion…
Me. Jean Hénoc Faroul
Me. Jean Hénoc Faroul, M.A
– Maitre en Droit/Relations Internationales,
– Licencié en Droit,
– Licencié en Communication Sociale,
– Certifié en Administration Publique,
– Certifié en Analyse de l’Information (ONU, Norwegian Defence International Center, NODEFIC, Oslo, Norvège),
– Certifié en Droits Humains (Université du Pays Basque, Espagne),
– Journaliste de carrière,
– Ancien fonctionnaire de l’ONU,
– Ancien cadre du Programme d’Appui aux Partis Politiques du National Democratic Institute (NDI)
Magazine HAITI-ESPOIR – Dossier Prisons

LES PRISONS HAITIENNES: DE VÉRITABLES CAMPS DE CONCENTRATION NÉO-NAZIS!

Par Jean Hénoc Faroul
Prisonniers Haïtiens Prisonniers haïtiens. Les conditions d’incarcération et les traitements infligés aux détenus subissant déjà une situation de domination, en disent long sur le niveau d’humanisme d’une société.

La problématique carcérale haïtienne est revenue au-devant de la scène avec les mauvais traitements infligés à l’ex-Mairesse de la Cité du Drapeau et propriétaire de média, madame Rosemila Petit-Frère dans un centre de garde-à-vue à Port-au-Prince. Elle aurait été battue par un policier pour n’avoir pas voulu se laisser menotter au lit. Cette nouvelle a défrayé la chronique, car l’opinion publique n’était pas au courant des sévères conditions de détention qui lui ont été infligées. Très malade, il lui faut des soins spécialisés urgents pour sauver sa vie. Autant procéder à son exécution ! Si on traite ainsi du bois vert, qu’en est-il des bois secs ?

Les conditions d’incarcération et les traitements infligés aux détenus subissant déjà une situation de domination, en disent long sur le niveau d’humanisme d’une société. Dans un état de droit, même les condamnés à la peine capitale ont droit aux services médicaux dans les couloirs de la mort. De tels traitements ne sont point acceptables dans une Haïti qui proclame le droit à la vie en toutes circonstances et qui exclut la peine de mort de son corpus juridique. Il est vrai qu’en Haïti les professions de foi sont toujours aux antipodes des actes posés dans la réalité quotidienne. Les notes de sympathies envers la détenue pleuvaient sur les réseaux sociaux quand est sorti un rapport de l’ONU mettant en évidence l’atelier de souffrances que représente le système juridico- carcéral haïtien.

Le rapport de l’ONU :

Entre Juillet et Septembre 2025, soit en l’espace de deux mois, 50 prisonniers sont décédés dans les prisons haïtiennes, a rapporté l’ONU dans son dernier rapport sur les droits humains en Haïti. Parmi les causes de ces décès, l’ONU a retenu : le manque de nourritures et d’eau potable, l’insalubrité des cellules et le manque de soins médicaux.

La prise en charge des détenus par l’État n’étant point garantie, les prisonniers préventifs et les condamnés pourrissent à l’intérieur de ces “centres de concentration” néo-nazis. Le Pénitencier National de la capitale, Port-au-Prince, n’avait rien à envier à un centre d’extermination.

Prisons négrières Les prisons négrières en Haïti : rien à envier aux anciens bateaux négriers.

De ce fait, un parent emprisonné représente une très lourde charge financière, une cause de ruine pour les familles affectées, même celles des couches socio-économiques supérieures. Au sein des centres carcéraux l’accès aux services de base, comme faire ses besoins physiologiques, la nourriture, l’eau coûtent son pesant d’or.

Dans une telle ambiance, les justiciables sont donc prêts à payer de fortes rançons aux prédateurs judiciaires, et monnayer ainsi leur état de citoyen libre loin des liens de la détention infernale, tandis que les internés ne rêvent que de suicide ou d’évasion. Le constat est clair : les conditions de détention en Haïti s’avèrent pareils à celles des anciens bateaux négriers du “commerce circulaire”.

La réalité carcérale haïtienne et les racines du mal :

Les cas de mortalité indexés dans le rapport susmentionné, une véritable hécatombe, sont devenus monnaie courante dans les centres carcéraux du pays, en raison de problèmes autant structurels que conjoncturels. La détention préventive prolongée et les exécrables conditions d’incarcération, procèdent des faiblesses juridiques, économiques, politiques, institutionnelles et culturelles en cours dans la société haïtienne, telles que :

  • Les problèmes économiques : le manque de moyens financiers des autorités publiques pour mettre en place un système carcéral répondant aux normes internationales.
  • La politisation de la justice : les prises de revanche politique. Le cas de l’ex-mairesse de l’Arcahaie, Rosemila Petit-Frère…
  • Les déformations culturelles : la culture de la corruption et la banalisation de la vie ;
  • Les problèmes juridiques et logistiques : les vides juridiques, les inadaptations des lois aux réalités sociales…

Ces multiples faiblesses structurelles se manifestent à travers des manquements administratifs que sont, entre autres :

  • L’exiguïté des cellules : alors que la norme internationale est de 4.30 m2 par prisonnier, on était à 0.62 m2 en Haïti en 2014.
Cellule de femmes Cellule de femmes.

Aujourd’hui avec la destruction des plus grandes prisons du pays – le Pénitencier National, la Prison civile de Croix-des-Bouquets, la prison pour femmes de Cabaret, etc. – l’espace moyen s’est tant réduit que les détenus ne peuvent ni se coucher ni s’asseoir.

  • La surpopulation carcérale : les centres de détention regorgent 3 à 4 fois plus de prisonniers que leur capacité réelle.
  • La détention préventive exagérément prolongée : 85% des détenus sont en attente de jugement parmi les 7200 hommes, femmes, garçons et filles.
Les efforts réalisés et la machine arrière :
Prison Fort-Liberté La prison civile de Fort-Liberté construite avec l’aide internationale.

Peu importe la gravité des infractions commises, de tels traitements inhumains et dégradants s’avèrent inacceptables, car purger une peine au terme d’un jugement ayant acquis la force de chose jugée, entraîne uniquement la perte de liberté de mouvement.

Prison Cabaret L’ancienne prison civile des femmes de Cabaret.

Lequel ne cadre point avec cette culture en milieu carcéral haïtien, de la famine, des vermines, des maladies, des châtiments corporels et … la mort lente.

Prison Croix-des-Bouquets L’ancienne prison civile de la Croix-des-Bouquets ; un don de la coopération canadienne.

Dans la décennie 2010-2020, avec l’aide la Minustah, du système onusien en général, des ONGs internationales et la coopération canadienne, des efforts ont été effectués pour humaniser le système pénitentiaire… Mais, avec la fermeture de la Minustah en Octobre 2017, s’entama la rechute et la situation s’est empirée jusqu’à atteindre le niveau infernal d’aujourd’hui.

Loin de poursuivre sur la lancée des réformes progressives, on a constaté une marche arrière, un retour à la case départ. À un rythme tel qu’aujourd’hui en 2025, la situation générale et carcérale, s’avère bien pire qu’avant le débarquement des forces étrangères en 2004. Le professeur Leslie Manigat aurait dit : “les chiens sont revenus à leurs vomissures”.

Jean Hénoc Faroul

Une réflexion sur “Magazine Hebdomadaire N°17-

  • Pierre Danie Stacy

    Ses articles sont ils récent ?

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