Actualité Nationale D'Haïti

ACTUALITÉ NATIONALE

DÉPLOIEMENT DE l’ARMÉE D’HAITI ET DÉCANTATION D’AVEC LA POLICE NATIONALE

La campagne nationale de recrutement de soldats et de cadres techniques, lancée du 8 au 12 Juin 2025 dans les 10 départements géographiques pays par le Ministère de la Défense Nationale et le Haut Commandement des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), s’est achevée le 19 Juin 2026. Environ dix-huit mille (17,717)  aspirants se sont inscrits, dont un millier de recrues sera tiré après l’analyse des dossiers soumis et les examens intellectuel et physique. L’affluence constatée à travers le pays, révèle un engouement des jeunes pour la principale force publique haïtienne. Vocation ou échappatoire contre le chômage ? On ne le sait. Toujours est-il que bien avant cette nouvelle vague de recrutements, 650 aspirants militaires déjà admis devaient entrer en formation au mois de Juin à la Base Vertières sise à Clercine.

Ces dispositions rentrent dans le cadre du Plan d’Action 2026-2027 des FAd’H, le renforcement du personnel et l’élaboration d’une nouvelle doctrine, font partie des priorités définies. Les Forces Armées d’Haïti (FAd’H) sont en pleine remobilisation. Et c’est de bonne guerre. On s’imagine déjà que le Gouvernement du Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé ne manquera de prendre les mesures nécessaires pour accueillir, prendre en charge, rendre opérationnels les nouveaux militaires qui sortiront bientôt des différents centres de formation. Où seront déployés et cantonnés les prochains 1,650 militaires ? Il importe donc déjà de prendre les mesures idoines pour être prêt le moment venu. Nous sommes un peu habitués avec ces cas de promotions de policiers qui ont dû attendre longtemps avant d’être effectivement commissionnés et déployés.

Le déploiement des forces militaires :

Par le Décret du 6 Janvier 1995, le Gouvernement Jean-Bertrand Aristide/Smarck Michel avait entériné la ‘’démobilisation’’ des Forces Armées d’Haïti, déjà entamée par les Marines des Etats-Unis, suite à l’intervention militaire du 19 Septembre 1994. Depuis lors, la nouvelle ‘’Police Intérimaire’’ et son héritière, la ‘’Police Nationale d’Haïti (PNH)’’ remplit les attributions et occupe les anciens locaux de l’Armée haïtienne. Or, les positionnements des forces de police et de l’armée ne répondent pas à la même logique. Il est vrai que les anciennes Forces Armées d’Haïti, en fait une gendarmerie, jouaient également le rôle de police administrative et judiciaire. Aujourd’hui, l’heure de la décantation a sonné, car << tout militaire>> n’est plus << un officier de police>>.

Pour l’heure, les effectifs de l’armée sont confinés surtout à la capitale, Port-au-Prince :

  • au Corps du Génie Militaire, basé à la Cité de l’Exposition (Bicentenaire) ;
  • au siège de l’Autorité Portuaire Nationale (APN) ;
  • à la Base Vertières à Clercine ;
  • à Malpasse (Ouest), sur la frontière haitiano-dominicaine ;

à la Base Anacaona (Léogane), un centre d’instruction ; et à Marion, commune des Perches, département du Nord-Est, pour la protection du site stratégique du barrage hydraulique du même nom. 

Un défi logistique à relever :

Sous la conduite du Ministre de la défense Mario Andrésol, un homme expérimenté en matière de sécurité nationale et de sécurité publique-  pour avoir été capitaine de l’armée et commissaire divisionnaire de police- l’armée haïtienne entend se remobiliser sur une base professionnelle. Les nouvelles cohortes militaires seront déployées dans 5 grandes régions du pays : l’Ouest, le Centre, l’Artibonite, le Grand Nord et le Grand Sud. Selon lui, désormais les militaires vivront dans leurs bases et casernes, mettant un terme à cette ancienne pratique de déambuler dans les rues en uniforme et en armes. Il s’acquitteront des tâches d’infanterie, de marine de guerre et d’aviation militaire, et resteront disponibles pour répondre aux appels des autorités civiles quand la police aura besoin de leur aide.

Au centre le Ministre Mario Andrésol, entouré du Commandant-en-Chef des FAd’H, Lieutenant-Général Derby Guerrier (à sa gauche) et le Général de Brigade Jean-Robert Gabriel, inspecteur-Général des FAd’H (à sa droite).

Le rapatriement des prérogatives de l’armée :

Aujourd’hui, la nouvelle armée entend rapatrier les anciennes attributions militaires passées à la Police Nationale d’Haïti (PNH) à la faveur du démantèlement de l’institution militaire. Des tâches dont la police ne s’était pas bien acquittée. Le revers de la médaille dans le démantèlement de l’armée, fut qu’en 2003 la police refusait d’affronter la rébellion armée menée majoritairement par d’anciens militaires, au motif que sa mission n’était pas de faire la guerre, et que cela ne faisait pas partie non plus de sa formation. Pour combler ce vide, les autorités gouvernementales ont dû faire appel aux volontaires civils au lieu de mercenaires étrangers. Une bonne partie des armes illégales  en circulation aujourd’hui provient de cette crise politico-sécuritaire. 

Depuis lors, les autorités publiques nationales ultérieures auraient dû prendre la ferme résolution de remobiliser l’armée haïtienne, ne fut-ce que sur de bases nouvelles.  

La police nationale d’Haïti dispose de plus grands moyens que les anciennes forces armées d’Haïti, mise à part l’unité des engins lourds de l’armée. Pourtant elle montre son incapacité à garantir la sécurité intérieure (maintien de la paix, la sécurité des citoyens et de leur environnement),  voire la défense nationale. Il s’avère plus que nécessaire que :

  • le contrôle des armes, des munitions et des compagnies privées de sécurité ;
  • la marine de guerre ou les forces navales (la garde-côtière). A la rigueur la police pourrait toujours avoir la surveillance douanière maritime ou la surveillance de la pêche côtière ;
  • l’aviation militaire.
  • L’aspect militaire de la garde frontalière, cequi est différent du contrôle de la migration illégale, la quarantaine sanitaire et phytosanitaire.
  • La remise entre les mains des FAd’H des sites et locaux militaires stratégiques occupés par la police, telles que les Casernes de la Croix-des-Bouquets, les casernes de Fond-Verrettes, le Fort Cachiman (Las Caobas), la garde côtière du Sud, nécessaire pour patrouiller le canal de la Jamaïque, route idéale du trafic illicite des armes et de la drogue ; les bases militaires Môle-St-Nicolas, l’Ile de la Tortue, l’Ile-à-Vaches, l’Ile de la Gonâve, les Casernes de Ouanamithe, les Casernes Dessalines, etc.

Le moment idéal pour réviser et harmoniser les textes et règlements de la Police Nationale d’Haïti (PNH) et des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), ne peut être que cette période intérimaire où la prise de décrets de l’Exécutif, avec un minimum de consensus national, nous épargne les navettes parlementaires, lesquelles procèdent souvent plus de luttes politiciennes que de préoccupations visant au bien-être de la nation haïtienne.

Pour faire face aux guerres asymétriques et aux menaces hybrides qui ravage l’Etat failli d’Haïti, mettre des moyens adéquats- moyens logistiques et nouveau cadre légal et règlementaire- à la disposition des Forces Armées d’Haïti, c’est un jeu qui en vaut vraiment la chandelle.

Magazine HAITI-ESPOIR.

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