ÉDITORIAL
LE PREMIER MINISTRE ALIX DIDIER FILS-AIMÉ ENTRE L’APPROBATION DU GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS ET UN CERTAIN REJET INTERNE.
Au terme de sa visite en Haïti le Vendredi 29 Mai 2026, le sous-Secrétaire d’Etat des États-Unis, M. Christopher Landau, a été très élogieux à l’égard du Premier Ministre- Président de la République d’Haïti, M. Alix Didier Fils-Aimé. Sur la cour du Palais National à Port-au-Prince, encore en ruines depuis le séisme du 12 Janvier 2010, les personnels de la Présidence et de la Primature, et le grand public, ont été un peu surpris de voir la franche camaraderie entre les deux hommes d’Etat, l’un, du pays le plus puissant du continent américain et du Monde et l’autre, de la nation la plus pauvre d’Amérique, si ce n’est du Monde. Il n’en fallait pas plus ; l’équipe de Fils-Aimé s’est félicitée du support de l’administration Trump, en ces moments où l’opposition a recommencé par s’activer après trois mois et demi de pause.
<< Lorsque notre administration est entrée en fonction il y a seize mois de cela, Haïti était au bord de l’effondrement, avec des gangs criminels violents qui menaçaient de prendre le contrôle du pays et de provoquer un chaos social total ainsi qu’un nouvel afflux de migrants (en plus de ceux que l’administration Biden avait activement encouragés à venir). La situation ne pourrait être plus différente aujourd’hui. Sous le leadership du président Donald Trump et du secrétaire d’État Marco Rubio, nous avons mis en place une coalition internationale pour créer une nouvelle force de sécurité dynamique et avons contribué à stabiliser la situation politique. J’ai été fier de rendre visite aujourd’hui au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé au Palais national historique, situé au centre-ville de Port-au-Prince, débarrassé désormais de l’emprise des gangs. La sécurité, la stabilité et la prospérité en Haïti sont dans l’intérêt de nos deux nations. >>, a dit Landau sur son compte X.
On ne peut être plus clair dans son soutien. Selon Landau, la situation sécuritaire du pays aujourd’hui, ne pourrait être différente, vu sa gravité d’il y a seize mois (NDLR. vers le mois de Janvier 2026, sous le Conseil Présidentiel de Transition). Pour lui, désormais, le centre-ville de Port-au-Prince est débarrassé des gangs, grâce au leadership du Président Donald Trump et du Secrétaire d’Etat Marco Rubio qui ont pu aider à stabiliser la situation politique.
Il est normal que Landau jette des fleurs à ses supérieurs hiérarchiques, Trump et Rubio. Mais, quand il dit se sentir fier d’avoir visité le Premier Ministre Fils-Aimé, ce dernier doit en sortir très flatté et se sentir approuvé. Car, en d’autres circonstances, on l’aurait juste convoqué à Washington pour lui faire des remontrances.
La déception de l’opposition :
Ces propos ont dû sans doute donner un pincement de cœur aux contempteurs de Fils-Aimé. En plus de la conclusion de contrats jugés irréguliers avec des firmes étrangères et locales, ils critiquaient justement le manque de résultats du Gouvernement dans la lutte contre l’insécurité, et l’incertitude sur l’organisation des élections en cette année 2026. Certains exigeaient même la démission de Fils-Aimé, pour passer à une autre formule de gouvernement transitionnel.
On s’agitait déjà autour de l’échéance du 7 Juin 2026, vue comme la fin du mandat de 120 jours de sa ‘’gouvernance moncéphale’’ sur la base de l’article 149 de la Constitution en vigueur. Vu l’ampleur des critiques soulevées même par certains signataires du ‘’Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Elections’’, l’homme pouvait avoir des soucis.
La déception doit être bien grande pour ses adversaires qui claironnaient déjà que le patron était venu tirer les oreilles, à l’ouvrier qui n’aurait pas délivré la marchandise de la sécurité et des élections. En lieu et place de remontrances, Fils-Aimé n’a eu que des éloges. Pour combien de temps encore ? On ne le sait.
Des marchandises, il y en a beaucoup à livrer par ces temps de réinitialisation de la République turbulente d’Haïti, cet Etat longtemps failli englué dans une crise multidimensionnelle, dont on ne sait encore comment en sortir. Il est donc difficile de savoir si ce qui a été réalisé par M. Fils-Aimé, n’est pas plus important pour Washington que ce qui ne l’a pas été encore. Si l’opposition estime que ce dernier est incapable ou de mauvaise foi dans la conduite de la transition, la perception de Washington semble être différente.
Coup de maitre de Fils-Aimé ou pure coïncidence :
Il est difficile de savoir :
- depuis quand cette visite a été envisagée ou fixée ; par la diplomatie étatsunienne et haïtienne ;
- si Landau a visité le pays sur invitation du Gouvernement haïtien, même si suivant les principes diplomatiques, il n’en pourrait être autrement.
Pure coïncidence ou coup de maître de Fils-Aimé, les photos des deux ‘’compères’’ et autres selfies des ‘’camarades’’ ont semé le doute sur la volonté des USA à vouloir pour l’instant remplacer l’homme ou même d’accepter l’idée de son écartement du Pouvoir. De l’eau aura donc été versée dans le vin de tous eux qui, à tort ou à raison, réclamaient le départ du Premier Ministre-Président illico. Il faudra peut-être encore des faux pour y parvenir.
A cela, la classe politique haïtienne est plus qu’habituée. Les dirigeants haïtiens cherchent l’approbation de Washington pour rester au Pouvoir, et leurs adversaires, scrutent toujours cet horizon pour les frapper, et cet appui pour les renverser. En Avril 1989, un coup d’Etat pratiquement ‘’réussi’’ avait foiré pour n’avoir pas eu préalablement le feu vert de Washington. En 2003, l’ex–Président des USA, Bill Clinton, en vacances en République Dominicaine, avait fait le saut à Port-au-Prince pour, entre autres choses, une prise de photos sur les perrons du Palis National, avec le Président Aristide secoué par des manifestations de rue appelant à sa démission. L’opposition y avait vu une manœuvre pour l’impressionner.
On dit que le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique est constitué de gens madrés qui disposent de ‘’l’alphabet de l’intelligence’’ de certains peuples, dont le peuple haitien. Ils ne font jamais rien pour rien. Un seul mot critique à l’égard de la gouvernance du Premier Ministre-Président Alix Didier Fils-Aimé, aurait pu susciter une levée de boucliers, dont ils n’auraient pas encore besoin pour l’heure. Les mêmes raisons – la peur de l’instabilité gouvernementale en Haïti – qu’ils redoutaient, et sur le motif de laquelle ils avaient mis un terme aux espoirs du Conseil Présidentiel de Transition qui voulait se succéder à lui-même, sont peut-être encore de mise.
Fils-Aimé doit-il prendre ce soutien pour argent comptant et s’asseoir sur ses lauriers? Doit-il s’engager dans une course à la montre pour vaincre l’insécurité et organiser de bonnes élections ? Et gagner ainsi l’approbation de ses citoyens ?
L’opposition va-t-elle s’arrêter en chemin ? Ou du moins, va-t-elle redoubler d’efforts ?
Magazine HAITI-ESPOIR.
