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Dégradation publique de militaires fautifs

UN FAIT ORDINAIRE DANS LA VIE DES FORCES PUBLIQUES

Certains Haïtiens de l’intérieur du pays et de la diaspora, se sont indignés  de la façon dont deux soldats haïtiens, convaincus de vol, ont été dégradés publiquement le Vendredi 5 Juin 2026 par les autorités militaires: en présence de la troupe et de certains organes de presse en ligne. Cette affaire en instruction depuis le mois d’Avril 2026, impliquait un groupe de 4 soldats, dont 2 n’ont pas été trouvés fautifs. Le Ministre de la Défense Nationale, Mario Andrésol, en a profité pour en appeler à la bonne conduite des militaires en ce moment critique de la remobilisation de l’armée, et lancer une mise en garde contre des militaires s’adonnant à la délinquance et l’indiscipline.

Certains sont accusés de semer le trouble dans leurs quartiers ; d’autres font partie de réseaux de voleurs de terrains et de maisons appartenant à des expatriés, etc. La Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a même émis des mandats d’amener et des avis de recherche contre des militaires en activité et des déserteurs. On ne s’en doutait pas ; il s’agit d’un mal qui prenait de l’ampleur au sein de la nouvelle armée, auquel il s’avérait nécessaire de donner un coup d’arrêt, d’une manière ou d’une autre.


Dégradation publique d’Ullmo, Place Saint Roch,  Toulouse, France, 1910.

Le contexte :

Cette répétition d’actes délictueux par des militaires, survient à un moment critique pour la nouvelle armée, et dérange grandement l’institution pour les raisons suivantes:

1.- De plus en plus de gens, Haïtiens et Etrangers, hier opposés à la remobilisation des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), mais conscients de l’incapacité de la Police Nationale d’Haïti (PNH) à rétablir la sécurité dans le pays, se sont tournés vers les FAd’H, bien qu’avec une certaine réserve.

Des coopérants étrangers qui exigeaient autrefois que des armes achetées au nom des FAd’H, fussent livrées à la PNH, s’assoient désormais avec le Ministre Andrésol sur comment mieux remobiliser l’armée. Il va sans dire que le moindre faux pas d’éléments indisciplinés, pourrait remettre en question ce retournement de situation dont bénéficie notre principale force publique.

2.- De surcroît, ces actes répréhensibles et indignes de soldats, induisent une mauvaise perception de l’armée dans l’opinion publique.

3.- La dégradation publique a eu lieu à quelques jours du lancement d’une vaste opération de recrutement de 5 mille jeunes au sein des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), dans le cadre du Plan d’Action 2026-2027.

De la discipline militaire:

L’armée a ses principes primordiaux que les civils ne comprendront pas tous : l’obéissance aveugle, la loyauté à l’Etat, la neutralité politique et surtout la culture de l’honneur et de l’éthique. Il ne pourrait en être autrement, car des gens armés indisciplinés, s’adonnant à la délinquance, représentent un fléau pour la société en général. Et ce ne sont pas les Haïtiens d’aujourd’hui qui diront le contraire. Ce genre de punitions existe même dans les périodes de formation des soldats et surtout des cadets.

Anecdote 1 : A table, le cadet ‘’Joseph’’ s’est mis à découper d’un trait sa banane, au lieu de la découper et manger de manière alternée, morceau après morceau. L’ayant surpris, l’officier instructeur l’obligea à répéter devant ses camarades de promotion, une trentaine de fois : << Le cadet Joseph est un coq !>> Ce genre de punitions est conçu pour garantir la discipline et provoquer la correction, une fois pour toutes.

Un anecdote 2 : dans les années 1980, un Major des Forces Armées d’Haïti habitant la rue Delmas 8, s’était suicidé, parce que la caisse du Quartier Général de la Police placé sous son commandement, avait été subtilisé, disait-on, par un autre militaire de ses subalternes. Face au doute affectant son honneur, il préféra se donner la mort comme preuve d’honnêteté. Malgré tout ce qu’on pouvait reprocher à l’armée sous le régime des Duvalier, il y avait des gens honnêtes. D’où qu’après la démobilisation des FAd’H en 1995, nombre d’officiers supérieurs sont morts dans la gêne !

Des critiques mal venues :

L’armée a ses logique et discipline que les civils n’admettent pas toujours. Malheureusement, des gens de bonne volonté, mais ignorants de la vie militaire faite de contraintes et de rigueur, ont dit y voir une manœuvre démagogique de la hiérarchie militaire et du Ministre Andrésol. D’autres y ont trouvé un moyen pour mettre en question l’efficacité de celui-ci dans la lutte contre l’insécurité, à croire qu’il en avait tout seul la clé de voute, la baguette magique. Au contraire, l’homme semble animé d’une volonté manifeste de prendre les taureaux par les cornes. Désormais, l’armée consolide les acquis et occupe peu à peu les zones libérées par la police et les mercenaires étrangers.

Ceux qui critiquent le Haut Etat-major de l’Armée et le Ministre Mario Andrésol, ont-ils lu les Règlements internes de l’Armée haïtienne ou le Manuel de Justice Militaire (MJM) ? Il ne saurait y avoir de vide règlementaire pendant cette période de remobilisation. Les principes qui guident les institutions militaires restent et demeurent, tant qu’ils ne sont pas amendés.       

Un événement délibérément traumatisant:

On conçoit bien que de telles images soient bouleversantes pour les civils, et   déshonorantes pour les fautifs et leurs familles. Personne n’aimerait se trouver dans une telle situation. Et c’est l’objectif même de cette punition : provoquer un choc psychologique, traumatisant pour garantir un comportement désiré. Ce sont, en effet, des faits habituels dans la vie des forces publiques en général, mais que le grand public haïtien ait pu enfin vivre ce spectacle un peu choquant.

Récemment, une pareille vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait comment le chef de la police dominicaine dégradait des policiers pris en flagrant délit de vol et autres délits indignes d’une force de l’ordre.

Le fait pour ces 2 jeunes soldats, de se salir la réputation, pourrait être une preuve du désespoir économique dans lequel nage aujourd’hui le peuple haïtien dans son ensemble, et nos pauvres policiers et soldats, en particulier. Tout comme, il peut révéler que les vices, se sont emparés de toutes les couches sociales et de toutes les catégories socio-professionnelles.

En visionnant ce spectacle, on était pris de compassion pour ces deux jeunes hommes et leurs familles. Mais on a compris également qu’il s’agissait d’une vieille tradition militaire  utilisée  pour :

  • Frapper l’esprit des milliers de jeunes postulants qui vont intégrer bientôt les Forces Armées d’Haïti (FAd’H) ;
  • Leur bien montrer ce qui les attend, s’ils ne font pas de l’honneur militaire, l’honneur tout court, leur guide et boussole ;
  • Dire à la société haïtienne qu’on ne va point remobiliser l’armée haïtienne sur les anciennes bases ;
  • Et qu’il ne devrait pas y avoir au sein de l’armée des délinquants ;
  •  S’écarter du modèle de la Police Nationale d’Haïti (PNH), dont un organisme de défense des droits humains, a dit que 60% de l’effectif est lié aux gangs criminels qui endeuillent la nation.

Tout compte fait, l’armée représente l’institution idéale pour former le caractère des jeunes. Est-ce pourquoi le service militaire est obligatoire dès l’atteinte de la majorité légale dans de nombreux pays du Monde. 

La société haïtienne se trouve à un tournant où elle doit faire des choix :

Anecdote 2 : Dans les années 1970, un tap-tap (véhicule de transport en commun urbain) s’arrêta à la rue des Remparts pour prendre un passager. Y monta une bonne dame, commerçante de son état, transportant un grand sac rempli de billets qu’elle allait déposer à une banque dans le quartier bancaire de la Place Geffrard. Dans le véhicule, il y avait des gens qui ne pouvaient même pas payer le tarif de 50 centimes, au point que certains descendaient en catimini pour se fondre dans la foule. Mais personne ne songeait à agresser l’heureuse commerçante pour s’approprier de son argent. C’était un fait courant ; d’ailleurs, il n’y avait point d’agents de sécurité dans les banques. L’éducation familiale, bref, les institutions de socialisation fonctionnaient si bien, que les forces répressives avaient moins de travail à faire.      

La situation diabolique qu’on est en train de vivre dans le pays, avec cette économie criminelle, en appelle à des mesures drastiques. La société haïtienne se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire. Elle doit savoir exactement ce qu’elle veut pour reconstruire son Etat failli et ses familles en déliquescence. Pour se régénérer, ce pays a besoin d’hommes forts qui, comme Mario Andrésol, ne lésinent pas sur les principes, tout en restant humain. 

Les punitions ont un rôle social : il s’agit d’un mécanisme visant l’ordre et l’équilibre au sein des familles, des groupes comme les forces publiques, et la société en général. La finalité n’est point d’humilier de jeunes compatriotes en difficulté,  juste pour les déshonorer, mais de décourager les mauvais comportements au sein des forces publiques, par la honte qui est attachée à la punition. Ce sont là des choses bien calculées par des psychosociologues, qui n’ont de sens que dans des sociétés où l’honneur, la dignité et la considération sociale représentent des valeurs.  On espère que ces valeurs existent encore dans la société haïtienne…

Pour ces deux jeunes, la vie n’est pas finie. On espère qu’ils se sont amendés, et que, revenus à de meilleurs sentiments, ils pourront refaire leurs vies professionnelles.

Magazine HAITI-ESPOIR

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