Actualité Nationale D'Haïti

Haïti : entre tensions politiques et avancées du gouvernement

Par Jean Hector Anacacis, ancien sénateur de la République.

Les leaders politiques ont-ils compris que les maîtres du jeu ne sont plus la CARICOM, depuis l’échec cuisant de l’Accord 3 avril 2024 qui a donné naissance à la formule collégiale du CPT? Force est de constater que ce sont désormais les États-Unis, le Canada et l’Union européenne, ces soi-disant « amis d’Haïti » qui, eu égard à leur appui inconditionnel après la signature du Pacte National pour la Stabilité et les Elections en Haïti, les véritables maîtres du jeu.

Ceux qui se croient plus intelligents que les autres, courtisent le Premier ministre (PM) en lui sollicitant des postes ministériels. Bien que ces leaders soient en contact avec la CARICOM par pur calcul politique, ils négocient sous la table avec le PM Alix Didier Fils-Aimé afin de s’octroyer des postes administratifs.

A la suite de plusieurs rencontres tenues en toute discrétion entre des acteurs politiques, dont Moïse Jean-Charles, Annibal Coffy, Jonas Coffy, Simon Dieusel Desras, Delson Cius, Vasco Ternélan, Jean Ligondé et Patrick Pierre-Louis, tous continuent de plaider en faveur d’un Exécutif bicéphale et d’un nouvel accord politique. Le peuple haïtien veut-il vraiment renouveler cette expérience du temps perdu, dans une transition déjà si longue, avec les mêmes acteurs qui portent une large part de responsabilité dans l’échec actuel ?

Les accords du 11 septembre et du 21 décembre 2021 avec l’ancien Premier Ministre Ariel Henry, puis celui du 3 avril 2024, ont donné naissance à un Conseil Presidentiel de Transition (CPT) incohérent et inefficace. Un autre accord en cours d’exécution a été signé avec Alix Didier Fils-Aimé. On se demande, en toute lucidité, s’il y a péril en la demeure au point de vouloir parapher un cinquième accord avec d’anciens hauts dignitaires de l’État. Ces derniers, reconvertis en leaders politiques, n’offrent pourtant aucune alternative crédible au peuple haïtien.

Au cœur de cette agitation politique autour d’un gouvernement bicéphale, le PM Alix Didier Fils-Aimé affirme sa ferme détermination à renforcer les capacités des forces de l’ordre et à multiplier les opérations contre les groupes armés. Ces initiatives ne sont-elles pas en train de produire les effets attendus? Aux yeux de tous, une politique sécuritaire consiste avant tout à reprendre le contrôle des territoires perdus, à garantir la libre circulation et à protéger durablement les citoyens.

Par ailleurs, le processus électoral progresse vers son objectif : le cadre électoral a été adopté et les conditions pour la tenue d’élections crédibles sont enfin réunies.

Le calendrier reste attendu, mais un budget de 120 millions de dollars américains est déjà prévu pour le processus. Il ne manque plus que ce calendrier pour que la machine électorale démarre. Tous s’accordent à constater que plusieurs camps de déplacés ont été vidés et que de nombreux déplacés internes sont retournés dans leurs zones respectives. Certains politiciens de l’opposition critiquent la lenteur du gouvernement en invoquant une pénurie de ressources financières. Pourtant, le gouvernement ne bénéficie-t-il pas de l’appui de ses partenaires internationaux et des signataires du Pacte national?

D’ailleurs, certains leaders politiques de l’opposition sont en quête d’avantages financiers mirobolants, estimant qu’Alix Didier Fils-Aimé n’a pas suivi la feuille de route qui lui avait été confiée. D’autres, en revanche, se disent satisfaits de la performance et de la dextérité avec lesquelles le PM a exécuté ses missions. Or, ceux qui se montrent amers envers Fils-Aimé ne sont-ils pas des politiciens insatiables, qui veulent tout accaparer? Malgré tout ce qu’ils obtiennent déjà du gouvernement, ils ne sont jamais satisfaits. Et qui, d’ailleurs, contrôle les douanes de province et profite de la contrebande, notamment à Belladère et au Cap-Haïtien, pour ne citer que ces exemples? Plusieurs bureaux de douane demeurent sous l’influence de groupes politiques qui critiquent pourtant le gouvernement,

tandis que l’État subit à ce niveau un manque à gagner considérable.

A quand les élections, pour mettre fin à ces manœuvres politiques doublées de manipulation et d’hypocrisie? Ces hommes politiques en quête d’un poste parviendront-ils à prendre le dessus sur les efforts du PM et ses initiatives en faveur de la promotion de l’investissement et du renforcement des partenariats pour la relance économique?

S’exprimant lors d’un forum sur l’investissement organisé à cette occasion, le PM a réaffirmé sa détermination à relever les défis sécuritaires et économiques du pays afin de créer un environnement propice aux affaires. Il a insisté sur le développement des infrastructures (ports, aéroports) et sur la mobilisation de l’ensemble des acteurs du secteur privé dans le cadre d’une économie solidaire, en vue d’améliorer les conditions de vie de la population haïtienne pour un développement durable. Force est de constater que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, malgré les difficultés économiques et sociales, cherche à surmonter les obstacles avec intelligence et doigté.

Me. Anacacis Jean Hector 

Ex- Sénateur de la République

Coordonnateur de LAPEH

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