Actualité Internationle

SÉNAT DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

HAITI : SÉCURITÉ ET AIDE ÉTRANGÈRE

DÉPOSITION DU CHARGÉ D’AFFAIRES HENRY T. WOOSTER DEVANT LE SÉNAT DES USA !

Déposition de Henry T. Wooster, chargé d’Affaires de l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, Haïti, devant la Sous-commission des crédits du Sénat des États-Unis chargée des affaires étrangères, des opérations extérieures et des programmes connexes, le mardi 10 février 2026. L’audition a pour titre : « Haïti 2026 : Priorités en matière de sécurité et d’aide étrangère ».

Une vue de la séance

Magazine HAITI-ESPOIR # 24, Vol 2

Monsieur le Président Graham, Monsieur le Membre de rang Schatz,

Mesdames et Messieurs les membres du sous-comité :

Je vous remercie de l‘occasion qui m‘est donnée de m‘adresser à vous aujourd‘hui au sujet d‘Haïti.

POURQUOI LES ÉTATS-UNIS SONT-ILS EN HAÏTI ?
L‘objectif des États-Unis en Haïti est d‘assurer une stabilité minimale. Nous la définissons comme suit :

  1. pas d‘effondrement de l‘État, et
  2. pas de migration massive et illégale vers les États- Unis.

Toutes nos actions pour mettre en œuvre la politique étrangère du Président en Haïti sont guidées par cet objectif. Aujourd‘hui, je vous présenterai trois points d‘information sur le terrain. Premièrement, j‘expliquerai
comment nous luttons contre les principaux facteurs de déstabilisation d‘Haïti. Deuxièmement, je détaillerai les efforts américains pour soutenir le déploiement d‘une nouvelle force internationale mandatée par l‘ONU. Enfin, je ferai état des investissements du gouvernement américain, ainsi que des nouvelles opportunités, pour promouvoir nos intérêts et ceux des pays voisins d‘Haïti dans la région, notamment notre proche allié, la République dominicaine.

Point d’information n° 1 :

COMMENT NOUS LUTTONS CONTRE LES FACTEURS DE DÉSTABILISATION D’HAÏTI.
Établissons ensemble le contexte. Haïti représente un problème épineux en matière de politique étrangère. Un dysfonctionnement politique, économique et de gouvernance chronique entrave la stabilité. Pourtant, instaurer des conditions de sécurité susceptibles de mettre Haïti sur la voie d’une stabilité minimale constitue un objectif politique réalisable.

La menace :

La menace qui pèse immédiatement sur la survie de l‘État haïtien est une coalition d‘organisations armées et hostiles, qualifiées à tort de « gangs », qui, comme l‘a déclaré le Secrétaire lors de son audition du 28 janvier devant la Commission des affaires étrangères du Sénat, menacent de provoquer un effondrement systémique et la formation d‘un gouvernement. En 2024, une vingtaine de gangs se sont alliés sous la bannière « Viv Ansanm » afin de coordonner leurs actions contre l‘État. En 2025, les États-Unis ont désigné Viv Ansanm et Gran Grif comme organisations terroristes étrangères (OTE). À la mi-2025, les gangs dominaient l‘espace physique et informationnel d‘Haïti, certains fonctionnant comme un mouvement proto-insurrectionnel, combinant violence armée et manipulation de l‘opinion publique.

La coopération entre ces groupes – certains impliqués dans le terrorisme, d‘autres dans des activités criminelles telles que le viol, les enlèvements contre rançon, le vol et le pillage, et d‘autres encore dans des tentatives de
renversement de l‘État – fluctue au gré des intérêts de leurs chefs. Les estimations début 2026 évaluent la population des gangs à environ 12 000 membres, dont près de 3 000 sont bien armés et expérimentés, et représentent la plus grande menace. À titre de comparaison, la Police nationale haïtienne (PNH) compte environ 6 000 agents, dont 400 au maximum – et souvent moins de la moitié – participent activement aux combats.

Point d’inflexion:

Aujourd’hui marque un tournant décisif : pour la première fois depuis 2021, les forces de sécurité haïtiennes mettent les gangs, y compris ceux désignés comme organisations terroristes étrangères, sur la défensive. Ce résultat est le fruit des efforts conjoints de la Police nationale haïtienne (PNH), des Forces armées d’Haïti (FAdH), de la Force de répression des gangs (FRG), mandatée par l’ONU, et d’une société militaire privée américaine employée par le gouvernement haïtien.

La Force opérationnelle haïtienne a déployé des moyens aériens et un armement de pointe, modifiant ainsi la dynamique et la configuration des combats et infligeant de lourds dégâts aux gangs grâce à une poignée de soldats déterminés au sol. Ces progrès, rendus possibles par l’aide américaine à la PNH et à la FRG, contribuent à la réalisation de nos objectifs. Toutefois, la situation demeure fragile. Un progrès durable exige la consolidation des acquis, impossible sans un soutien constant des forces de maintien.

L’ETAT:

La bonne gouvernance de l’État – des dirigeants responsables, la garantie de la sécurité et la fourniture de services – est essentielle à la stabilité. Une culture politique prédatrice, qui entrave la gouvernance et la fourniture des services essentiels, constitue un autre facteur d’affaiblissement. Cela fait dix ans que Haïti n’a pas organisé d’élections et cinq ans que le président Jovenel Moïse a été assassiné. Les autorités « de transition » non élues qui se sont succédé n’ont pas réussi à organiser d’élections. La dernière expérience en date – un Conseil présidentiel de transition (CPT) composé de neuf membres – s’est achevée il y a seulement 72 heures, à l’expiration de son mandat. Laurent Saint-Cyr, dernier président du CPT, et le
Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont été des partenaires indispensables pour promouvoir nos intérêts communs en matière de sécurité et de stabilité, conditions nécessaires pour prévenir l’effondrement de l’État, éviter les migrations massives et permettre la transition de la gouvernance en Haïti.Tous deux ont résisté aux menaces de mort, au chantage et aux nombreuses tentatives de fonctionnaires corrompus pour les destituer. Notre diplomatie axée sur les résultats – notamment l’application de la loi, les sanctions et les restrictions de visas – contribue à mettre fin à une ère d’impunité pour les déstabilisateurs du pays. Sous la direction de Laurent Saint-Cyr, le Conseil a approuvé un décret fixant les élections à 2026. Nous devons œuvrer pour qu‘Haïti se dote d‘un gouvernement élu. Des politiciens non élus et irresponsables, ainsi que des chefs de gangs, ont trop longtemps compromis la sécurité et la gouvernance des Haïtiens.

L’ÉCONOMIE :

L‘économie haïtienne : les gangs prospèrent par nécessité, non par idéologie. Après sept années consécutives de contraction économique et plus de 1,4 million de personnes déplacées, l‘économie formelle a quasiment disparu ; les jeunes générations considèrent les gangs comme la seule source de revenus fiable. Selon le Département du Travail américain, en 2024, plus de 34 % des enfants âgés de 5 à 14 ans étaient contraints de travailler, notamment pour des gangs. Haïti doit créer des emplois pour concurrencer durablement les gangs. La main-d‘œuvre du secteur textile haïtien a diminué d‘environ 65 %, passant de près de 60 000 personnes en 2021 à environ 20 000 en 2024, en partie à cause de la détérioration de la situation sécuritaire. De plus, l‘expiration du programme Haïti HOPE/HELP en septembre 2025 et la déstabilisation économique ont découragé les investissements et l‘engagement économique des entreprises étrangères. La reconduction du programme Haïti HOPE/HELP par le Congrès est essentielle pour Haïti.

Les programmes de préférences commerciales HOPE/HELP ont constitué une mesure essentielle pour répondre à ces enjeux et assurer la pérennité de l’industrie textile et de l’habillement haïtienne, principal secteur d’emploi formel du pays. On estime que pour chaque Haïtien employé dans ce secteur, environ 7 à 12 membres de sa famille en bénéficient, offrant ainsi une alternative aux gangs et renforçant les intérêts américains.

Mise à jour n° 2 :

SOUTIEN AMERICAIN A UNE NOUVELLE FORCE NON AUTORISÉE

En septembre dernier, la diplomatie américaine a abouti à l‘adoption de la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette résolution autorise la transition de la mission multinationale de soutien à la sécurité, financée par les États-Unis, vers une Force mondiale de sécurité (FSS) soutenue par l‘ONU. Le mandat de l‘ONU autorise le déploiement de 5 500 militaires et policiers en uniforme pour mener des opérations ciblées de lutte contre les gangs, fondées sur le renseignement, afin de neutraliser, d‘isoler et de dissuader les gangs ; de sécuriser les infrastructures critiques ; et de renforcer les capacités opérationnelles des forces de sécurité haïtiennes. Les États-Unis coordonnent la mise en place de la FMS en tant que président du Groupe permanent des partenaires. Quinze pays se sont engagés à fournir plus de 11 000 hommes pour la FMS. La semaine dernière, le Groupe permanent des partenaires a approuvé la liste des 5 500 hommes. Les premières
unités seront déployées en avril. Les opérations de déminage débuteront en mai. Nous remercions tous nos partenaires, y compris le Congrès, d‘avoir permis de concrétiser cette priorité de l‘Administration.

Mise à jour n° 3 :

INVESTISSEMENTS AMÉRICAINS :

PROGRAMMES, NOUVELLES OPPORTUNITÉS.
Dès le premier jour, le GSF s‘efforcera de rendre son rôle superflu à mesure qu‘Haïti renforcera sa propre sécurité. Le maintien des investissements dans la Police nationale haïtienne (PNH) contribue à la réalisation de notre objectif de stabilité de base. Grâce aux fonds alloués par le Congrès, le Bureau international des stupéfiants et de l‘application des lois (INL) du Département d‘État transforme la capacité d‘Haïti à assurer sa propre sécurité. L‘initiative « P-4000 » de l‘INL renforce la PNH de 4 000 nouveaux agents en 16 mois. Près de 900 élèves-officiers ont obtenu leur diplôme en janvier. Cependant, la police seule ne peut garantir la sécurité d‘Haïti. Nous saluons l‘autorisation par le Congrès d‘apporter un soutien non létal à la jeune armée haïtienne, les FAd‘H. Des FAd‘H entraînées, équipées et modernisées sont essentielles à la sécurité durable d‘Haïti.

Le service militaire offre aux jeunes une alternative à l‘enrôlement dans les gangs. Haïti a besoin du soutien des FAd‘H en matière d‘ingénierie pour reconstruire les infrastructures dévastées et pour intervenir en cas de catastrophe. Notre objectif, une fois encore, est clair : consolider ces acquis afin qu’Haïti n’exporte pas l’instabilité et les menaces terroristes vers les frontières américaines, ni dans le reste du continent. Les progrès en matière de sécurité seront éphémères sans une amélioration des conditions économiques permettant à la société haïtienne de subvenir à ses besoins. D’autres nations et organisations doivent contribuer à la solution. Nous vous invitons à vous engager auprès des organisations humanitaires et des entreprises pour créer des emplois, investir dans des entreprises prometteuses et reconstruire Haïti. Les progrès économiques et sécuritaires ne seront durables que lorsqu’Haïti disposera d’un gouvernement choisi par le peuple haïtien et responsable envers lui, conformément au calendrier électoral adopté par le gouvernement de transition. Il est vrai que les problèmes d’Haïti sont graves. Mais des progrès sont possibles, à condition de contrer les facteurs de déstabilisation, de déployer une coalition militaire sous l’égide des Nations Unies et d’investir stratégiquement pour permettre à Haïti de recouvrer les capacités nécessaires à la sécurité de son territoire et de sa population, ce qui profitera aux intérêts des États- Unis et de la région.

Merci.

NB. Traduction de l’anglais au français, certifiée par Jean Hénoc Faroul.

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UN REPORTAGE-PHOTOS DE LA RENCONTRE

  • Lindsey Graham (Républicain, Caroline du Sud) ;
  • Mark Kwayne Mullin (Républicain, Oklahoma) ;
  • Brian Schatz (Démocrate, Hawaii) ;
  • John Boozman (Républicain, ancienne Gouverneure d’Arkansas) ;
  • Cynthia Jeanne Shaheen (Démocrate, New Hampshire)….., aux questions desquels ont répondu :
  • le Chargé d’Affaires des USA en Haïti, ambassadeur Henry T. Wooster, et
  • Mr. Austin Holmes (entrepreneur, CEO/PDG de Caribbean Security Group, et Président de Mission of Hope).


Magazine HAITI-ESPOIR # 24, Vol 2

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