ÉDITORIAL
TOLLÉ INUTILE POUR LA MISE Á PIED D’UN DIRECTEUR GÉNÉRAL
Le Directeur Général de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), M. Hans Jacques Ludwig Joseph, a été démis de ses fonctions au début de ce mois de Juillet 2026. L’ULCC fait partie d’une série d’institutions créées en 2004, en vue de lutter contre la corruption en Haïti, telles que l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP), en plus du travail de la Cour Supérieure des Comtes et du Contentieux Administratif (CSCCA) et de l’Inspection Générale des Finances (IGF). Joseph avait été nommé à ce poste le 23 Juillet 2020, sous la Présidence de feu Jovenel Moise, en remplacement de Me. Rockfeller Vincent qui avait été lors promu Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP). À ce moment-là il y avait toute une série de manifestations populaires contre les gouvernements de l’époque pour la dilapidation présumée des fonds Petro Caribe générés par l’aide vénézuélienne. Dieu seul sait si, à l’encontre de ceux qui l’avaient proposé et nommé, M. Joseph s’était bien acquitté de sa mission qui est de :
mener des enquêtes sur les cas de corruption dans l’administration publique ;
- recevoir les déclarations de patrimoine des gestionnaires de deniers publics, à l’entrée et à la sortie de leur fonction ;
- appliquer les dispositions des conventions anti-corruption, auxquelles la République d’ Haïti est partie ;
- prévenir la corruption au sein de la société par l’éducation des jeunes et la sensibilisation des adultes ;
- définir la stratégie anti-corruption de l’Etat haïtien.
Par contre, à l’approche des élections générales dans le pays l’ULCC a entrepris des démarches administratives pour passer en revue les gestions de certains anciens Premiers Ministres, Ministres, Directeurs Généraux et autres grands commis de l’Etat dont les ambitions politiques sont connues de tous. Nous n’avons pas les preuves pour ce dire, mais des voix se sont élevées pour qualifier certaines de ces initiatives comme politiquement motivées, par ces temps de candidatures présidentielles tous azimuts…
En tout cas, M. Joseph a passé six (6) longues années à la tête de l’institution. Ce qui est assez bizarre dans la fonction publique haïtienne où l’on cherche, par tous les moyens, à se supplanter l’un l’autre dans les postes de responsabilité. C’est une preuve indéniable que les dirigeants politiques ayant pris la relève de Jovenel Moïse, de 2021 à 2026, n’ont montré aucune animosité contre le travail du Directeur Général de l’ULCC ; sinon il en aurait été longtemps déjà éjecté.
N’y a-t-il pas assez de cadres techniques dans le pays pour prendre le relais de fonctionnaires dont les services ne pourraient jamais être viagers. De 2004 à 2026, durant 22 ans plusieurs directeurs généraux se sont donc succédé à la tête de l’ULCC, sans que leurs départs n’aient suscité des critiques acerbes ni d’accusations contre les pouvoirs en place. Pourquoi maintenant ?
Le Directeur Général de l’ULCC est nommé par Arrêté Présidentiel pris en Conseil des Ministres. Il s’agit donc d’un poste politique qui fait de son détenteur un employé ‘’hors-cadre’’. Il n’a pas de durée de mandat établi par la loi. Donc, il peut être remplacé à tout moment par l’autorité de nomination sans autre forme de procès.
S’il s’agissait d’un employé cadre, en cas de non acceptation de la mise à pied, l’homme pourrait exercer graduellement les recours suivants :
- le recours gracieux, par-devant celui qui a pris la décision de mise à l’écart jugée injuste ;
- le recours hiérarchique, par-devant le Ministre de tutelle (dans ce cas, le Ministère de l’Economie et des Finances) ;
- le recours contentieux, par-devant la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA).
Hans Jacques Ludwig Joseph sait bien lui-mêmele caractère politique et passager de son poste.Et pourtant, son remplacement a provoqué un curieux tollé sur les réseaux sociaux et même dans les médias traditionnels qui ont accusé le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé de protéger des anciens ordonnateurs et comptables de deniers publics, favorisant ainsi leur potentielle candidature à des postes électifs. Cela porte à croire que M. Joseph lui-même servirait des causes politiques inavouées en mettant sciemment des bâtons dans les roues de certains hommes d’Etat. Dans ce dossier, les accusations sans preuves et les dénonciations contre Fils-Aimé, ont eu l’effet contraire : dévoiler des choses insoupçonnées.
Par ailleurs, cela nous a montré deux choses :
- l’ignorance feinte ou réelle par certains des structures administratives et du droit administratif du pays ;
- la volonté de nuire à un gouvernement qu’on n’aime pas, en lui cherchant la petite bête ou en faisant feu de tout bois.
Il y a toujours des raisons pour adresser des critiques constructives aux dirigeants haïtiens d’hier et d’aujourd’hui. Cependant, des critiques destructives ou des accusations sans fondement mettent ceux qui les émettent dans une situation contraire au principe d’objectivité. Les prises de position de la presse citoyenne ou du journalisme participatif, pour être utiles, doivent se baser à tout moment sur les principes et respecter les prérogatives des uns et des autres. Mais, sur l’autel des intérêts mesquins, des passions exacerbées, des choix politiques et des candidatures latentes, on pense pouvoir sacrifier des principes qui pourtant ont la vie dure.
Haïti-Espoir .
