ACTALITÉ NATIONALE
L’avenir de la démocratie est-il en jeu en Haïti ?
Par Jean Hector Anacacis, Ancien sénateur de la République
La chance a-t-elle voulu que Jacques Desrosiers ait été du bon côté de l’histoire en assumant le rôle de Président du Conseil Électoral, institution par laquelle le destin politique du pays va être décidé? Mais l’impensable est arrivé, il s’est laissé manipuler par certains politiciens au point d’entrer en conflit avec l’Exécutif pour un simple avant-projet de décret électoral. Ainsi, avait- il raison de régler les affaires sensibles de l’Etat sur la voie ? Si l’on tient compte de la complexité de la crise politico-économique actuelle dont le pays souffre, la nation mérite-t-elle un tel traitement ? Peut-on reconnaitre la profondeur de la naïveté de monsieur Desrosiers ? Jamais, on ne saurait attendre un tel comportement de la part d’un homme, désigné par ce grand secteur de la Presse qui l’a porté au sommet du Conseil Electoral en tant que Président, ni qu’il pourrait devenir une telle menace pour un processus aussi important ?
Ce fut un honneur pour l’ex-Président de l‘A.J.H., une chance exceptionnelle aux yeux de ses confrères et de tous ceux qui font la politique active en Haïti.

Général du CEP, M. Uder Antoine.
N’a-t-il pas commis une erreur grossière, de n’avoir compris à temps qu’il était en train de se tromper dans son raisonnement. On sait bien qu’il n’est pas un bagarreur. C’est plutôt un homme assez paisible. Peut-être que quelqu’un l’aurait induit en erreur, le portant à mener un combat inutile, sans se rendre compte que le Chef du Gouvernement est en même temps le Chef de l’Etat, et qu’il revient à celui-ci de mobiliser les ressources financières nécessaires pour faire tourner la machine électorale, créer les conditions matérielles pour la réussite des élections et assumer la responsabilité par-devant la nation, en cas d’échec du processus électoral.
Or, le succès qu’on a attendu de lui, est en passe de devenir un échec ; ce qui est injuste pour monsieur Desrosiers. Il devait contenir ses poussées d’orgueil et son comportement impulsif, qui ont occasionné la nomination par arrêté et l’installation d’un Directeur Général à la tête du CEP. Avait-il conscience que son comportement pourrait mettre en question toute possibilité de travailler en harmonie avec l’Exécutif ?
D’ailleurs, l’expérience nous apprend que c’est dans l’épreuve qu’on se connait vraiment, non dans la confrontation. Malgré la lettre de protestation qui a traduit un désaccord total, l’installation a été bel bien faite sans interposition. Étonnement, Monsieur Jacques Desrosiers n’a –t-il pas assisté à l’installation de Monsieur Uder Antoine, en l’absence des autres membres du Conseil électoral, malgré ses contestations de la veille ? Il fallait déjà penser que la fonction de chef d’Etat confère au Premier Ministre Alix Didier Fils Aimé le droit et le devoir de prendre les décisions qui s’imposent au respect des engagements de la transition. D’ailleurs, aucun gouvernement ne saurait accepter d’être réduit à un simple observateur, alors qu’il est chargé de conduire le pays au retour à l’ordre constitutionnel. M. Fils –Aimé, en tant que chef d’Etat, a agi conformément à l’article 136 de la Constitution qui stipule : « Le Président de la République, chef de l’Etat, veille au respect et à l’exécution de la Constitution et à la stabilité des institutions. Il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat ». De ce fait, le bon sens devrait amener chacun des Conseillers Electoraux à considérer l’article 136 de la Constitution comme boussole, au lieu de chansonner un slogan indépendantiste qui n’a plus aucun sens dans une période de transition si complexe.
Les rumeurs étaient si nombreuses et contradictoires qu’on s’est permis d’ignorer le moindre signal négatif. D’ailleurs, l’heure n’était –elle pas venue pour Monsieur Desrosiers de quitter le CEP ? Il doutait des bruits qui courraient depuis plusieurs semaines. Il a refusé d’y croire, pensant qu’il avait l’appui de certains leaders politiques et de quelques éléments de la communauté Internationale. Est-il capable d’imaginer l’ingratitude et la traîtrise de certains hommes politiques en Haïti ? Qui sait si ces derniers ne cherchent pas l’amitié d’Uder Antoine aujourd’hui ?
Le CEP au complet. Qui va partir ?
La révocation était là ; personne ne pouvait l’aider à l’éviter. Pourquoi le désaccord faisait-elle la rue ? On n’avait pas besoin de justification pour comprendre que tout cela rentrait dans le panier des complots du 7 Juin 2026. Cette date correspond aux 120 jours d’exercice par Didier Fils Aimé de la fonction de chef de gouvernement et de chef d’Etat, après le départ de du CPT. Ce complot n’a -t- il pas été fomenté par certains leaders politiques qui prônaient un gouvernement bicéphale depuis fort longtemps ? Cependant, à l’installation du Directeur Général, Monsieur Uder Antoine, le visage de Monsieur Desrosiers était figé par l’émotion, au point de ne pouvoir prononcer une seule parole, tant il était étonné et pris de court. Eu égard aux réactions cavalières de Desrosiers, un replâtrage au sein du CEP aurait dû être à l’ordre du jour.
D’ailleurs, si le replâtrage n’a pas eu lieu, par contre la révocation du Président Jacques Desrosiers est imminente. Force est de reconnaitre que certains détracteurs ont piteusement échoué. Par contre, le climat sociopolitique est marqué par une profonde méfiance concernant la tenue des scrutins. Ce scandale pré-électoral peut jeter plus tard le pays dans une crise postélectorale, dans un chaos imprévisible. La politique oblige d’agir parfois par anticipation, car la méfiance s’est déjà installée, par suite de la chanson que ‘’le CEP est indépendant et que l’Exécutif ne doit pas s’immiscer dans le processus électoral’’. Certes, l’indépendance des membres du CEP est un principe essentiel pour la crédibilité du processus ; par contre, la contrepartie nécessaire de l’indépendance des membres, n’est-elle pas l’impartialité ? Le Premier Ministre Alix Didier Fils Aimé peut-il se l’éviter. Pourquoi le désaccord faisait-elle la rue ? On n’avait pas besoin de justification pour comprendre que tout cela rentrait dans le panier des complots du 7 Juin 2026. Cette date correspond aux 120 jours d’exercice par Didier Fils Aimé de la fonction de chef de gouvernement et de chef d’Etat, après le départ de du CPT. Ce complot n’a -t- il pas été fomenté par certains leaders politiques qui prônaient un gouvernement bicéphale depuis fort longtemps ? Cependant, à l’installation du Directeur Général, Monsieur Uder Antoine, le visage de Monsieur Desrosiers était figé par l’émotion, au point de ne pouvoir prononcer une seule parole, tant il était étonné et pris de court. Eu égard aux réactions cavalières de Desrosiers, un replâtrage au sein du CEP aurait dû être à l’ordre du jour.
D’ailleurs, si le replâtrage n’a pas eu lieu, par contre la révocation du Président Jacques Desrosiers est imminente. Force est de reconnaitre que certains détracteurs ont piteusement échoué. Par contre, le climat sociopolitique est marqué par une profonde méfiance concernant la tenue des scrutins. Ce scandale pré-électoral peut jeter plus tard le pays dans une crise postélectorale, dans un chaos imprévisible. La politique oblige d’agir parfois par anticipation, car la méfiance s’est déjà installée, par suite de la chanson que ‘’le CEP est indépendant et que l’Exécutif ne doit pas s’immiscer dans le processus électoral’’. Certes, l’indépendance des membres du CEP est un principe essentiel pour la crédibilité du processus ; par contre, la contrepartie nécessaire de l’indépendance des membres, n’est-elle pas l’impartialité ?
Le Premier Ministre Alix Didier Fils Aimé peut-il se laisser fléchir par l’élégance du Président Jacques Desrosiers qui s’était présenté à l’installation du Directeur Général, Monsieur Uder Antoine, comme signe de soumission ? Pourquoi les leaders et structures politiques haïtiennes (notamment le RDNP, SDP, EDE, INITE et INIFOS) dénoncent-ils le Gouvernement et s’opposent- ils fermement au nouveau décret électoral voté par l’Exécutif en Conseil des ministres, et à l’installation d’un Directeur Général à la tête du CEP ?
Le pouvoir Exécutif cherche-t-il vraiment à accompagner le CEP dans l’organisation des élections, ou tente-t-il plutôt de le contrôler, voire de le neutraliser ? Depuis la nomination des neuf membres du CEP, les relations entre l’Exécutif et le CEP ont souvent été marquées par une certaine méfiance, chacun se tenant sur ses gardes. Aussi, cette méfiance n’a-t-elle pas créé une brèche, de la confrontation institutionnelle au moment où le pays cherche à unir ses filles et fils des différentes fractions de la société ? Pourtant, l’organisation des élections constitue l’une des priorités nationales. Car, dans un pays confronté à une crise sécuritaire, institutionnelle, économique et sociale, la confrontation entre le pouvoir Exécutif et le CEP ne risque-t-elle pas de retarder le processus électoral tant attendu ? En revanche, ne s’agit-il pas d’un simple conflit de compétences ? Celui-ci doit être rapidement résolu dans l’intérêt supérieur de la nation ? Enfin, l’heure ne devrait-elle pas être à la concertation, au respect des compétences de chacun et à la mise en place des conditions nécessaires à la réalisation justes, honnêtes et inclusives ? Car au-delà des rivalités institutionnelles, c’est l’avenir démocratique d’Haïti qui est en jeu.
Me. Anacacis Jean Hector
Ex- Sénateur de la République
Coordonnateur de LAPEH

