ACTUALITÉ INTERNATIONALE
200 ans de ‘’panaméricanisme’’ :
LE RÊVE NON RÉALISÉ DE SIMON BOLIVAR!
Par Jean Hénoch Faroul
La cinquante-sixième session ordinaire de l’Assemblée Générale de l’Organisation des Etats Américains (OEA) s’est tenue du 22 au 24 juin 2026 au Centre de congrès ATLAPA, à Panama City, sous la direction du président du pays hôte, Jose Raùl Mulino. Elle a été placée autour du thème: « Les Amériques unies autour du bicentenaire du Congrès amphictyonique de Panama » et du sujet : « Un multilatéralisme ferme pour la défense de la démocratie, de la sécurité hémisphérique et de la stabilité dans les États membres ». En plus des Etats-Membres, les missions diplomatiques accréditées au Panama et des représentants d’organisations interétatiques et d’ONGs internationales, y ont participé.
À la cérémonie d’ouverture, le Secrétaire Général sortant de l’OEA, Albert Ramdim, a mis l’accent sur l’importance de l’action coordonnée et de la coopération multilatérale. Les défis posés par les technologies émergentes, les tensions économiques, les catastrophes naturelles, le crime organisé, le renforcement de la démocratie à Cuba, au Nicaragua et au Venezuela, la situation en Bolivie et l’observation des processus électoraux au Pérou et en Colombie, ont été les points forts de son discours de circonstance.


Le contexte de cette rencontre :
Cette année, la session ordinaire revêt une importance particulière pour plusieurs raisons. D’abord, elle ramène le 200ème anniversaire du Congrès de Panama de 1826 organisé par Simon Bolivar, celui qui libéra l’Amérique du Sud septentrionale, grâce à l’aide du président haïtien Alexandre Pétion (1807-1818). Par ce congrès, Bolivar entendait fonder un État fédéral hispano-américain sur le modèle des USA.
L’armée embryonnaire de Bolivar fut une expédition haïtienne qui partit de Jacmel en 1815 et 1816. Pourtant, la République d’Haïti n’avait pas été invitée à ce Congrès panaméricain. Les raisons de cette tenue à l’écart furent multiples :
- Haïti était la seule Nation nègre et métisse indépendante à l’époque parmi ces Blancs esclavagistes qui se furent séparés de leurs métropoles européennes. La présence d’ambassadeurs nègres d’Haïti à cette assemblée aurait eu un potentiel séditieux qui avait été clairement exprimé par les représentants des USA.
- Tous les nouveaux Etats latino-américains et anglo-saxons et lusophones, pratiquaient encore l’esclavage.
- Haïti semblait encore un mauvais exemple pour avoir accepté de payer une indemnité aux colons français. Les USA, la Grande Colombie (Venezuela, Colombie, Panama, Equateur, Bolivie et Pérou), la Nouvelle Espagne (Mexique) et les séparatistes de l’Amérique Centrale, n’étaient pas disposés à recevoir de telles demandes de la part de colons Anglais et Espagnols. Cette dernière raison s’avérait être beaucoup plus un prétexte que le vrai motif. Par ailleurs, en 2026 les relations entre les USA et les pays de l’hémisphère occidental sont assez tumultueuses, malgré que des régimes de droite soumis à l’administration Donald Trump, y ont remplacé peu à peu les gouvernements de gauche, lesquels contestent la domination des USA en Amérique Latine et leur hégémonie unipolaire. Bref, l’opinion publique latino-américaine est plutôt défavorable aux Etats-Unis d’Amérique. Fidel Castro eut à qualifier l’Organisation des Etats Américains (OEA) de ‘’Ministère des Colonies’’ des USA. Le sentiment que le grand voisin du Nord domine la région et constitue l’une des causes de son retard socio-économique, est assez fort. Enfin, la capture par les Marines US du président en exercice vénézuélien Nicolas Maduro, et sa détention dans une prison de New York, ont encore renforcé la répulsion anti-étatsunienne au Sud du Rio Grande. Les relations sont si tendues que le Président Donald Trump s’est demandé si son pays devait encore financer l’OEA ou même en rester membre. << Je vous ai demandé de m’aider à convaincre notre président et nos concitoyens que notre investissement substantiel dans cette organisation en valait la peine. >>, a dit le Sous-Secrétaire d’Etat des USA Christopher Landau aux Etats-Membres dans son intervention. Pour lui, l’OEA n’a pas produit les résultats escomptés, pourtant Landau a indiqué que <<les États-Unis sont convaincus du potentiel de cette organisation>>. Trump avait même pris l’initiativede mettre sur pied une autre organisation régionale parallèle avec les gouvernements qui lui sont proches. Une façon de doubler l’OEA, comme il l’avait pour l’ONU. Ce sont des initiatives peut-être mort-nées, mais qui sont révélatrices d’un malaise aigu entre son administration et les gouvernements progressistes et la majorité des peuples de l’Amérique latine.
Déclaration et résolutions:
La 56e Assemblée générale de l’OEA à Panama s’est terminée presqu’en queue de poisson, en raison des désaccords entre les délégations concernant la déclaration finale et plusieurs résolutions adoptées. Les plus grandes divergences ont concerné l’Argentine et le Royaume-Uni (membre observateur) sur la souveraineté des îles Malouines. Les deux pays s’étaient fait en 1982 la guerre que le Royaume-Uni avait gagnée avec le soutien des USA. L’Argentine croit que le principe d’autodétermination des peuples ne s’applique pas aux îles Malouines (Malvinas, Falkland) puisque sa population y a été transplantée récemment d’Europe par une puissance coloniale. Ce conflit est devenu plus intense en raison de la découverte de pétrole au large de l’archipel.
Le différend opposant la Chine et le Panama porte sur les ports panaméens de Balboa et de Cristóbal. La Cour suprême du Panama avait déclaré inconstitutionnel un contrat entre l’État et la Panama Ports Company (PPC), filiale du conglomérat hongkongais CK Hutchison. Le contrôle de Pékin sur le Canal de Panama et son projet d’un autre canal interocéanique sur le territoire nicaraguayen, ne pouvaient qu’irriter Donald Trump. Alors que les USA ont réaffirmé leurs priorité pour la région – la lutte contre le narco-terrorisme – le représentant du président sortant de Colombie (Gustavo Petro, gauche radicale) a dénoncé, lui, l’ingérence des puissances étrangères dans les affaires intérieures des nations latino-américaines.
L’OEA a clôturé son Assemblée générale à Panama avec 15 accords visant à renforcer la démocratie et la sécurité régionale. Les États membres ont approuvé la Déclaration de Panama, réaffirmé leur engagement en faveur du multilatéralisme et adopté des résolutions pour lutter contre le crime organisé et consolider la stabilité démocratique dans les Amériques. Ces résolutions portent sur des sujets comme la défense de la démocratie, la sécurité hémisphérique, la situation politique en Bolivie et au Nicaragua, les télécommunications et le développement durable.
Le rêve de Simon Bolivar d’une Amérique hispanique ou latine unie et fédérée, n’aura jamais été si loin de la réalité en 2026. << Si loin de Dieu, mais si proches des USA >>, se sont plaint les Mexicains, comme pour dire les Anglo-Saxons de l’hémisphère se sont substitués aux Ibériques. Aujourd’hui, en plus de ces luttes intra-hémisphériques, l’Amérique latine est déchirée entre les partisans du pétrodollar et du monde unipolaire dominé par le grand Voisin du Nord, et ceux du monde multipolaire prôné par les BRICS.
Jean Hénoc Faroul

