La Protection de l’Environnement : Entrave ou Moteur du Développement en Haïti ?

Industries vomissant des gaz à effet de serre en Occident.
Héritage historique et perception d’injustice
Les nations industrialisées ont bâti leur prospérité en exploitant sans relâche les ressources naturelles, en polluant massivement et en fragilisant leurs écosystèmes. Après avoir accumulé richesse et pouvoir, elles imposent aujourd’hui des règles environnementales strictes aux pays en développement. Cette attitude génère une perception d’injustice structurelle :
Après s’être enrichis en détruisant la nature, ils souhaitent maintenant nous empêcher de suivre la même voie.
Bien que cette vision repose sur une réalité historique, elle ne peut à elle seule guider nos choix stratégiques.
L’environnement : pilier de la survie nationale
En Haïti, l’environnement n’est ni un secteur ni un privilège réservé aux économies développées. Il est le fondement de notre survie et de notre avenir collectif.
– Agriculture : L’équilibre climatique, la non aridité ou la fertilité des sols et la disponibilité de l’eau sont essentielles pour la sécurité alimentaire. La dégradation des terres réduit les rendements, exacerbant pauvreté et insécurité alimentaire.
– Eau : La pollution des ressources hydriques dans les bassins versants non réhabilités entraîne des maladies, une augmentation des dépenses sanitaires et une baisse de la productivité.
– Déchets urbains : Avec une capacité de collecte inférieure ou égale à 10 %, l’accumulation de plastiques dans des canaux de drainages favorise inondations, insalubrité et maladies.
– Déforestation : Elle accentue les sécheresses, les vagues de chaleur et la perte de biodiversité, diminuant la résilience des communautés.
Ignorer ces réalités compromettrait les bases mêmes de notre survie.
Mais cela ne pourrait nous empêcher d’exploiter les Ressources naturelles.
L’exploitation des ressources naturelles devrait être dépendante de la qualité de l’Environnement.
Un développement enfermé dans une spirale négative

Quelque part en Haïti.
Haïti fait face à une économie vulnérable et à un environnement dégradé. La pauvreté, l’instabilité politique et le populisme ont engendré une dynamique destructrice : plus nous exploitons sans précaution, plus nous détruisons les conditions de notre propre développement. Nous n’avons pas atteint le seuil de durabilité écologique (2 hectares/habitant) ni un niveau de développement acceptable (IDH : 0,8). Mais 3/4 de l’Environnement du pays est totalement dégradé (jeu à somme négative). Le pays figure parmi les plus touchés par les risques climatiques, tout en étant l’un des derniers pollueurs mondiaux.
Repenser nos trajectoires de croissance
L’enjeu véritable n’est pas de choisir entre croissance économique et protection de l’environnement, mais de concevoir des modèles de développement compatibles avec nos réalités écologiques :
– Agriculture : Promouvoir l’agroécologie, la rotation des cultures et la restauration des terres.
– Urbanisme : Renforcer la planification et la gestion des déchets.
– Énergies : Investir dans le recyclage, l’assainissement et les énergies renouvelables comme opportunités économiques locales.
L’environnement doit être perçu non pas comme une contrainte, mais comme un levier stratégique de développement.
Responsabilités partagées
Les pays riches portent une responsabilité historique et doivent soutenir les nations vulnérables par des financements, des transferts de technologies et un accompagnement technique. Cependant, la gestion de l’environnement reste avant tout une responsabilité nationale et collective.
Haïti ne peut se permettre de sacrifier son environnement au nom d’un développement illusoire, car cela compromettrait les bases mêmes de sa survie.
Yves Junior VANCOL, Ing.
Directeur de l’Institut National des Ressources Hydriques (INARHY)

