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SOCIÉTÉ

DE LA COMMUNAUTÉ AFRO-MEXICAINE

Par Jean Henoc Faroul

Y a-t-il des Afro-Mexicains? C’une question que l’on pourrait se poser, même si elle paraît bizarre. Les Mexicains d’ascendance africaine n’apparaissent jamais ou presque au-devant de la scène mexicaine. On a même l’impression que leur apport historique dans la construction de la société moderne du Mexique, n’a pas été apprécié à sa juste valeur. Pourtant, ils y sont assez nombreux. Officiellement, la communauté afro-mexicaine est estimée à 2.5 millions d’âmes sur les 132 millions du pays. Elle représente donc environ 2% de la population globale ; peut-être plus, car les mulâtres ou autres niveaux de mélange Noir-Blanc ou Noir-Amérindien au Mexique, rentre dans cette tranche de la population. Leurs afro-descendants sont aujourd’hui concentrés dans les régions centrales et méridionales du pays : à la capitale Mexico-City, et dans les provinces (Etats) de Oaxaca (Costa Chica), Veracruz, Jalisco et Guerrero. Ils viennent :

  • directement de l’Afrique durant l’ère coloniale ;
  • des colonies anglaises, espagnoles de la Caraïbe et de l’Amérique Centrale ;

des USA : le Mexique était une terre de refuge pour les esclaves marrons des États du Sud des USA.

À part le Bélize, les pays au sud du Rio Grande, du Mexique jusqu’à la Colombie, en passant par le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, le Costa Rica et le Panama, ont tendance à occulter leur ascendance négro-africaine. À croire que leurs populations seraient constituées uniquement de descendants d’Européens (Ibériques) et de populations indigènes (Amérindiens). Il est vrai que, contrairement aux USA, aux Caraïbes et au nord de l’Amérique du Sud (Colombie, Venezuela, Equateur, les 3 Guyanes), les esclaves noirs tirés d’Afrique ont été plutôt en nombre restreint. La main d’œuvre indigène ayant été si nombreuse, les colons Espagnols ne sentirent pas la nécessité d’y amener trop de bateaux négriers. Seulement 200 mille Noirs d’Afrique furent amenés dans la Nouvelle Espagne (le grand Mexique colonial) au cours des années 1500 et 1600.  

Les races pures n’existant pas en général, être ‘’Noir’’ en Amérique s’avère plus une construction sociale qu’une réalité biologique ou génétique. Qui est considéré comme Noir ? Qui ne l’est pas ? À partir de combien de générations perd-on son identité noire ?

On dit 4 générations, suivant la logique coloniale mexicaine ! Après l’indépendance nationale au début des années 1810, le Mexique se considéra ‘’mestizo’’ (métis), c’est-à-dire un mélange d’Européens et d’Amérindiens, de même que la première constitution haïtienne de 1085, établit que tous les Haïtiens sont ‘’Noirs’’. On effaça donc au Mexique l’existence de Noirs.

Il faut attendre la Constitution de 2019, sous la Présidence du progressiste Andrès Manuel Lòpez Obrador (2018-2024) pour reconnaître officiellement l’existence d’une communauté noire mexicaine distincte, de même que les communautés amérindiennes. Ainsi donc, l’Article 2 de la Constitution a été amendée pour reconnaître les communautés indigènes et afro-descendantes comme sujets de droit public, leur garantissant l’autodétermination. La lutte pour le respect des droits et de la culture afro-mexicaine s’en trouve renforcée : des organisations socio-culturelles s’activent de plus en plus pour faire valoir leurs droits en tant que citoyens Mexicains à part entière, et leur droit à la différence en tant communauté  distincte des autres.

Réminiscence des danses africaines au Mexique   

                  Parmi ces organisations, on peut citer :

  • Mexico Negro A.C, fondée en 1997 ;
  • Colectiva de Mujeres Afromexicanas en Movimiento ;
  • Huella Negra ;
  • Red de Mujeres de la Costa Chica ;
  • Colectiva Afros Chingonas.
Vicente Guerrero, Premier Président mexicain noir.

Ces organisations sont assez récentes, alors que les institutions  internationales  défendant les droits des minorités, considèrent que les Afro-Mexicains ont toujours fait l’objet de discrimination culturelle, d’invisibilité systémique et de profilage racial.

Jean Henoc Faroul.

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