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ACTUALITÉ NATIONALE

LA CARICOM SE RÉCONCILIE AVEC LE PREMIER MINISTRE ALIX DIDIER FILS-AIMÉ

La 51ème Réunion Ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Caricom s’est tenue du 5 au 8 Juillet 2026 à Gros Islet, Sainte Lucie, sous la présidence tournante de son Premier Ministre, Lucie Philip J. Pierre. Cette rencontre au sommet a eu lieu dans un contexte marqué par :

  • la réélection des gouvernements des Bahamas et d’Antigua-et-Barbuda ;
  • les pressions des USA sur la CARICOM en raison du soutien à la Cuba communiste ;
  • le déploiement de la force multinationale dénommée ‘’Force de Répression des Gangs (FRG)’’ dans une Haïti ravagée par les bandes armées et où des opposants appellent à la démission de son chef de gouvernement ;
  • Et des tensions administratives internes.

Ces tensions procèdent d’un différend concernant la procédure de reconduction de la Secrétaire Générale de l’institution, Carla Barnett de Belize, à laquelle s’est opposée le premier ministre de Trinidad-et-Tobago, Kamala Persad-Bissessar. En définitive, les leaders de la région ont pu s’entendre sur cette épineuse question. Ils ont convenu d’engager une procédure consultative en vertu de l’article 212 du Traité révisé de Chaguaramas relatif à l’interprétation et l’application dudit traité, et dans ce cas précis, au processus de nomination du Secrétaire Général.  Le Secrétariat Général  a saisi la Cour Caribéenne de Justice (CCJ) pour un avis consultatif sur le différend.

L’agenda de la Caricom :


La mission principale de la Caricom est de
 ;

  • Favoriser l’intégration économique et la coopération entre les pays membres ;
  • Assurer la sécurité de la région, laquelle est menacée par le narco-terrorisme et le commerce illicite d’armes dénoncée vivement par l’administration Trump; sans compter la situation d’Haïti qui constitue une menace pour la sécurité régionale ;
  • Promouvoir le développement durable ;
  • Accompagner Haïti dans la résolution de sa sempiternelle crise de gouvernance.
  • Coordonner la politique étrangère:

Les pays membres ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde diplomatique au sein de la Caricom, avec l’existence d‘une controverse concernant la politique agressive de Donald Trump dans la sous-région caribéenne, la région latino-américaine et le monde. Certains comme le Premier Ministre de Trinidad-et-Tobago, Kamala Persad-Bissesar, l’appui, alors que le Premier Ministre de Antigua-et-Barbuda, Gason Browne, représente le grand critique de la politique étrangère des USA. Par ailleurs, les Caribéens orientaux reprochent à Donald Trump  de s’attaquer aux bateaux de pêche de la zone, au motif de lutte contre le narcotrafic. Ces derniers temps, la quête d’unité face aux grands dossiers qui agitent la sous-région caribéenne, s’avère une priorité pour l’organisation.

Le dossier haïtien et la Caricom:

Depuis le coup d’Etat du 30 Septembre 1991 contre le Président Jean-Bertrand Aristide, la Communauté caribéenne fait les bons offices dans les récurrentes crises politiques haïtiennes. La dernière fois en Avril 2024, elle avait pu obtenir entre les parties haïtiennes – les partisans du Premier Ministre/Président déchu Ariel Henry, l’opposition politique, le secteur privé des affaires et  la société civile organisée – un accord  qui avait conduit à la mise en place d’une Présidence collégiale dénommée ‘’Conseil Présidentiel de Transition (CPT)’’. Le CPT, n’ayant pas accompli sa mission de  réaliser la réforme constitutionnelle, rétablir la sécurité et organiser les élections, le 7 Février 2026 il a dû faire place à son Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé qui joue depuis lors en même temps le rôle de chef d’Etat.

Ambassadeur Colin Granderson, un expert des questions haïtiennes et Conseiller Spécial de la CARICOM sur Haiti.

Aujourd’hui 5 mois après, une partie de l’opposition s’impatiente et réclame déjà la démission de Fils-Aimé et son remplacement par la formule bicéphale. Pourtant, certains  de ces partis politiques sont signataires du Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections, qui n’avait pas prévu de date de fin de mandat pour le Premier Ministre/Président. Ces partis contestaires ont notifié leur position aux ‘’Éminentes Personnalités de la Caricom’’ dont ils ont sollicité à nouveau les bons offices pour une nouvelle ronde de négociations. Des forces politiques haïtiennes estiment que de telles démarches mettent à mal le prestige du pays, en laissant l’impression que les Haïtiens se chamaillent sans cesse pour s’accaparer de la direction du pays à des fins personnelles.

Alors que le doute planait sur sa participation à la 51ème Réunion Ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Caricom, Fils-Aimé y a pris part  sans problème. Contre les attentes de ses contempteurs, la Caricom, dans sa Déclaration en Support à la République d’Haïti, n’a pas exprimé aucune hostilité ni formulé de critique contre le Premier Ministre haïtien. Elle s’est bornée à encourager les actions en faveur du rétablissement de la sécurité et l’organisation des élections, tout en promettant son soutien aux efforts tendant vers ces objectifs.

<< La CARICOM réaffirme son soutien au renforcement des institutions de sécurité nationale d’Haïti et appelle au déploiement complet et au renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs (GSF), reconnaissant que la sécurité d’Haïti est indissociable de la sécurité et de la stabilité de l’ensemble des Caraïbes.>>

<< La CARICOM réitère son engagement à poursuivre sa collaboration étroite avec les autorités haïtiennes, les Nations Unies, l’Organisation des États américains et les autres partenaires internationaux afin d’aider Haïti à surmonter la crise actuelle et à créer les conditions propices à la sécurité, à des élections libres et crédibles et à une stabilité durable. >>,

<<La Communauté caribéenne encourage tous les partenaires à soutenir un dialogue constructif avec les autorités haïtiennes actuelles et toutes les parties prenantes clés afin de contribuer à une approche coordonnée et unifiée qui place les intérêts, la sécurité et l’avenir du peuple haïtien au cœur des efforts collectifs.>>, ont déclaré les leaders des 15 Etats Membres.


Au centre, Colin Granderson de la Mission Civile Internationale en Haïti (MICIVIH, 1993-2000)

La sécurité tient l’organisation des élections en état :

L’organisation des élections dépend de progrès substantiels dans les conditions sécuritaires et la récupération des territoires contrôlés par les groupes armés. Or, ces progrès ne dépendant pas des seules autorités internes d’Haïti : la Force de Répression des Gangs (FRG) et les compagnies privées internationales de sécurité (les mercenaires) y jouent un rôle primordial. Dans une certaine mesure, on est obligés d’avancer sur leurs rythmes et tempo. On n’en est pas encore au déploiement du tiers de l’effectif promis, soit un personnel de 5,500 personnes.

De ce fait, il s’avère difficile de rejeter la lenteur du processus sur le Gouvernement actuel et lui prêter des intentions de faire durer le plaisir. 

En effet, même si les progrès dans les domaines sécuritaire et électoral sont assez lents, force est d’admettre que:  

  • sous la gouvernance de Fils-Aimé, plus qu’auparavant, plusieurs milliers de policiers sont sortis de l’Académie et l’Ecole de Police ;
  • désormais, sous le leadership de son Ministre de la Défense, Mario Andrésol, la remobilisation des Forces Armées d’Haïti n’a jamais autant été prise au sérieux. En effet, plusieurs milliers de militaires sont sortis des centres de formation Vertièreset Anacaona, et d’autres promotions sont en train d’être recrutées ;  
  •  parallèlement, la Force de Répression des Gangs (FRG) se déploie graduellement sur le terrain, tout en recevant des appuis financiers des grands Etats membres de l’ONU, comme la France, les USA, le Canada et le Royaume-Uni. 
  • Enfin la Task Force sur la sécurité et les mercenaires étrangers appuient les opérations de la PNH contre les bandes armées, avec les résultats que l’on sait.  
Des éléments de la nouvelle armée haïtienne.

On est en pleine mise en place de quelque chose semblable à des préparatifs pour un assaut final.

La FRG devrait compléter son déploiement en Octobre prochain et ses dirigeants ont promis de ramener la sécurité publique dans le pays à l’horizon de l’année 2028. Or, sans ce déploiement, il est difficile d’organiser ces élections dans des conditions acceptables. On comprend bien que cette réalité incontournable dérange les adversaires du Premier Ministre, qui aimeraient le remplacer avant la tenue de ces comices.

Les 5 mois de gouvernance monocéphale d’Alix Didier Fils-Aimé n’est pas plus longue que celle d’Ariel Henri (20 Juillet 2021-25 Avril 2024 : 2 ans 9 mois), même s’il est en poste comme Premier Ministre du CPT du 11 Novembre 2024 au 7 Février 2026 (1 an 3 mois). En tout et pour tout, Fils-Aimé dirige l’administration publique haïtienne depuis 1 an 8 mois.

Les soldats de la FRG en Haïti.

Les résultats peuvent être insatisfaisants pour beaucoup, mais l’opinion publique internationale se sent fatiguée des éternels changements d’équipes monocéphale, bicéphale et collégiale, qui se succèdent au Pouvoir en Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moise le 7 juillet 2021. Même au sein de la population haïtienne, on se désespère de cette sempiternelle chaise musicale à la primature et au palais présidentiel, pour se concentrer notamment sur les résultats dans la lutte contre l’insécurité et l’organisation des élections.      

Magazine HAITI-ESPOIR

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