ÉDITORIAL
Retour en Haïti de l’ancien Président Michel Joseph Martelly

<< BRÛLEZ CE QUE VOUS AVEZ ADORÉ, ADOREZ CE QUE VOUS AVEZ BRÛLÉ! >>
Le retour en Haïti de l’ancien Président de la République d’Haïti, Joseph Michel Martelly le Mercredi 15 Juillet 2026, a provoqué dans la société haïtienne un tollé et des débats qui en disent long sur la ‘’res politica’’ haïtienne. Laquelle est marquée par une crise de confiance dans la démocratie et la souveraineté nationale, l’incapacité haïtienne à résoudre la crise multidimensionnelle, l’absence proverbiale d’autorité de l’Etat, la participation poussée des citoyens dans le débat national, et surtout le mercantilisme des organisations politiques, qui les pousse à se renier sans cesse.
Des voix se sont élevées pour le clouer au pilori. Parmi elles, certaines ont déjà commencé timidement à se baisser, tandis que d’autres sont en train de s’aligner en catimini pour ne pas rater le train. Pour leur part, les partisans d’hier et d’aujourd’hui de l’ancien Chef d’Etat sont chauffés à blancs. Ils lui ont donné un accueil chaleureux, tant dans le Nord, alors qu’il faisait escale au Cap-Haïtien, qu’aux abords de sa résidence privée à Péguy-Ville, à la capitale. La lutte a donc été lancée. Martelly n’a pas fait l’objet d’aucune exception ; presque tout ancien chef d’Etat haïtien est encore apprécié de ses partisans, critiqué par ses adversaires et redouté de ses compétiteurs.
Rien de plus normal qu’un Haïtien, peu importe son rang, grade, qualité ou fonction, revienne chez soi. La raison de cette clameur médiatique en est que le retour au bercail de l’ancien Chef d’Etat a eu lieu dans un contexte précis, caractérisé par :
- La polarisation de la vie politique haïtienne à l’approche des élections : chaque secteur cherchant à mettre la barre dans les roues de l’autre ;
- Un climat d’insécurité entretenu par des groupes armés qui exercent encore un certain contrôle sur une bonne partie de la capitale et les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite ;
- L’instruction judiciaire du cas d’assassinat sur son prédécesseur Jovenel Moïse (20017-2021), dans lequel il a été cité à titre témoin.
Les débats et le tollé autour du retour de Martelly, rappellent les années 1996-2000 où l’on menait une campagne tambour battant, en faisant feu de tout bois, pour empêcher la réélection du Président Jean-Bertrand Aristide, même s’il y a une petite différence entre la situation actuelle de Martelly et celle d’Aristide à l’époque.
Haïti ne croit plus en ses croyances !
Depuis la chute de la ‘’dynastie’’ des Duvalier en Février 1986, il est devenu difficile de désigner les anciens dirigeants haïtiens à la réprobation publique, car la situation générale du pays s’est détériorée inexorablement après la fin de leur mandat.
<< Qu’avez-vous fait de mon pays ? >>, s’était exclamé l’ancien Président à vie Jean-Claude Duvalier à son retour en Haïti en 2011, après 25 années d’exil en France. De même que Daniel Fignolé s’était étonné de la dégradation environnementale au Morne L’Hôpital après ses 29 années de bannissement aux USA. Aujourd’hui le pays est allé si mal en pis, qu’on est en présence d’une véritable chute libre qui ferait regretter les régimes politiques et équipes dirigeantes qu’on désapprouvait l’avant-veille :
- En 1985-1986, on avait pourchassé Jean-Claude Duvalier, pour regretter presque la sécurité proverbiale et la stabilité de sa dictature ;
- On avait pourfendu Jean–Bertrand Aristide en 2003, tout en admettant maintenant que sa gouvernance dépassait de loin la situation actuelle ;
- On regrette le temporisateur René Préval et son laisser-faire, sa bonhommie, sa simplicité et sa propension à rallier tous les secteurs ;
- On avait assassiné le Président Jovenel Moïse en Juillet 2021, pour quels résultats aujourd’hui?
- On avait renversé l’Exécutif monocéphale d’Ariel Henri en mobilisant les gangs armés, pour voir ces derniers renforcer leur contrôle sur la majeure partie de la capitale et fermer le seul aéroport vraiment international et les grands axes routiers du pays ;
- En Avril 2024, on avait exigé et obtenu une Présidence provisoire collégiale de neuf membres à coordination générale tournante (le Conseil Présidentiel de Transition) pour revenir à la formule monocéphale actuelle ;
- En Février 2026, on s’était bousculés aux portillons de l’hôtel Ritz Kinam II pour parapher avec engouement et en pleine connaissance de cause, le Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections qui a concédé au Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé les fonctions de Chef d’État sans un mandat défini, mais juste une mission, celle de finaliser la période transitoire par l’organisation des élections ! Maintenant, on exige de revenir en arrière à la Communauté internationale.
La classe politique haïtienne, depuis 40 ans, est comme une girouette qui sans cesse brûle ce qu’elle a adoré, pour sinon adorer, du moins regretter, ce qu’elle avait brûlé.
Désormais, l’heure n’est plus tellement au bilan, ni à l’exclusion des ‘’méchants’’ qui se sont révélés plus performants que les ‘’bons’’, mais à la réflexion. Que pouvons-nous faire ensemble, toutes tendances politiques confondues, pour sortir le pays de l’ornière de la misère et de la régression permanente ?
Ils sont donc à féliciter ceux qui avaient créé la ‘’Conférence des Anciens Premiers Ministres Haïtiens’’ dont on s’imagine qu’elle est un espace de réflexion des anciens chefs de gouvernement sur les grands dossiers nationaux. Dans la même veine, une ‘’Conférence des Anciens Chefs d’État d’Haïti’’ réunirait les anciens premiers mandataires de la Nation encore vivant tels que : Ertha Pascal Trouillot, Prosper Avril, Jean-Bertrand Aristide, Michel Martelly, Jocelerme Privert, Ariel Henri, et les membres de l’ex- Conseil Présidentiel de Transition, pour travailler ensemble par-delà les divergences politiques et idéologiques. Sauf qu’à l’heure des compétitions électorales, les passions et les intérêts personnels et de clan se déchaînant, il reste très peu de place à la concertation nationale…
Que l’on veuille ou non, la présence de l’ancien Président Michel Martelly dans le pays anime déjà la fièvre électorale ; ce qui est susceptible de renforcer la participation électorale, si les élections seront vraiment participatives.
Magazine HAITI-ESPOIR
