Environnement & Développement

La Colombie rembourse ses dettes envers le FMI.

QUELLES PERSPECTIVES POUR GUSTAVO PETRO?

Par Jean Hénoc Faroul

Le Président colombien Gustave Petro

La Colombie a intégralement remboursé sa dette envers le Fonds monétaire international (FMI), c’est ce qu’a déclaré le Président de la République de Colombie, Gustavo Petro, le Mercredi 22 Avril 2026 sur son compte X. Il s’agissait d’un emprunt d’un montant de 5,4 milliards de dollars US, contracté en Décembre 2020 sous l’administration du Président Iván Duque (2018-2022),dans le but de faire face à la crise du Covid-19. Ce serait une façon de recouvrer la souveraineté financière du pays par ces temps de rivalité  entre le Dollar étasunien et le Yuan chinois.  

Le leader social-démocrate voulait se débarrasser des exigences habituellement faites par le FMI aux pays débiteurs, et avoir ainsi les coudées franches pour appliquer librement sa politique économique. «La totalité de la dette envers le FMI, contractée sous l’administration Duque, a été remboursée en un temps record. Cela signifie que la Colombie n’est plus soumise aux conditions onéreuses que le FMI impose aux pays débiteurs », a dit Petro. De plus, le Ministre des Finances de la Colombie, Germán Ávila, a indiqué que le gouvernement ne prévoit pas de contracter de nouvelles dettes auprès de l’institution financière internationale.

Désormais, le ton a changé du côté du FMI. Lors de la plus récente visite de la mission du FMI en Colombie au titre de l’Article IV de ses Statuts, ses agents paraissaient moins ‘’arrogants’’. La rencontre s’est déroulée « dans des conditions différentes, avec un langage différent et de manière différente », a indiqué Germàn Avila. La Colombie peut donc dorénavant appliquer sa propre politique budgétaire dans le cadre d’une politique économique souveraine, hors des injonctions du FMI. La Colombie croit avoir tourné définitivement cette page d’un chapitre de son histoire économique qui empêchait aux gouvernements progressistes, populaires ou populistes, comme celui de Gustavo Petro, d’appliquer leurs politiques sociales. Est-on sorti aujourd’hui de ce ‘’carcan’’ ?

Cet emprunt échelonné sur 3 ans, hérité du Président Duque, avait été contracté par le biaisde la Ligne de crédit flexible (LCF) ou ligne de crédit modulable (LCM) du FMI, un instrument conçu pour permettre aux pays d’accéder rapidement à des ressources en cas d’urgence. Ce fut la première fois que la Colombie utilisait ce mécanisme LCF ou LCM qui devrait aider l’aider à << maintenir de la liquidité internationale suffisante comme assurance contre des risques externes élevés. >> Cette dette était devenue un lourd fardeau pour les finances publiques colombiennes. Des ressources qui auraient pu servir à autre chose, ont été allouées à son remboursement. « Les 5 milliards de dollars figurent dans les trois budgets que nous avons préparés, à titre de dépense », a souligné le Président Petro qui pense réaffecter ces fonds dans le domaine social.

Ces fonds devraient être utilisés pour faire face à l’urgence sanitaire, acheter des vaccins et  assurer la protection sociale pendant la pandémie de Covid-19. Cependant, Ivan Duque les aurait utilisés pour soutenir de grandes entreprises privées colombiennes. « Bien qu’il ait été présenté comme un prêt destiné à répondre à la crise sanitaire, les ressources ont principalement servi à soutenir de grands conglomérats, tandis que des milliers de petites et moyennes entreprises, les plus durement touchées par la pandémie, n’ont reçu aucun soutien », s’est plaint Gustavo Petro lors d’une réunion de son cabinet ministériel.

L’ancien président Ivan Duque  a répondu en ces termes : << Vous avez remboursé une dette contractée par l’Etat colombien dans les meilleures conditions avec le FMI pour faire face à une pandémie dans des moments de crise globale… Vous, par contre, laissez aux générations futures le déficit fiscal le plus élevé du siècle, un coût de la dette qui est le double de ce qu’elle coûtait en 2022, et la crédibilité fiscale du pays par terre.>> Les dépenses de la Colombie ont effectivement dépassé ses dépenses pendant le mandat de Gustavo Petro. Selon Fitch Ratings, le déficit fiscal du gouvernement central de Colombie était de 6.5% du PIB en 2025 et est susceptibles d’atteindre les 7.5% en 2026. Les dépenses sociales de Petro ont été considérables surtout dans les services de santé dans des régions longtemps négligées, les augmentations de salaires, la réforme des pensions et la réforme éducative. À chacun donc, suivant ses options préférentielles, idéologiques ou politiques.  

Conformément à l’article IV des Statuts du Fonds Monétaire International, chaque année des agents de l’institution entreprennent une visite d’évaluation chez les pays membres, au cours de laquelle ils analysent sa situation économique et financière, discutent avec les autorités et prodiguent des recommandations de type budgétaire, de politique monétaire ou de politique sociale. Dans certains cas de, le FMI impose ‘’un programme d’ajustement structurel (PAS)’’ qui ont toujours des impacts négatifs sur les programmes sociaux.                                      

Il s’agit de réformes économiques libérales exigeant habituellement la réduction des dépenses publiques, la privatisation des entreprises publiques et  la dévaluation de la monnaie nationale.

                                                                                                                           

 

Gustavo Petro visitant un hôpital communautaire

Bref, des mesures pouvant permettant au pays débiteur de dégager des ressources pour honorer sa dette.   

La ligne de crédit modulable (LCM) est un programme du FMI visant à répondre aux demandes de financement de pays membres. Ce financement est un prêt modulable à taux fixe permettant au débiteur de rembourser sa dette par des mensualités adaptables en fonction de l’évolution de ses revenus.

Ces derniers temps, plusieurs pays d’Amérique Latine se sont arrangés pour rembourser leurs dettes contractées auprès du FMI, une façon de parvenir à leur libération financière.

Me. Jean Hénoc Faroul, M.A

  • Maitre en Droit/Relations Internationales,
  • Licencié en Droit,
  • Licencié en Communication Sociale,
  • Certifié en Administration Publique,
  • Certifié en Analyse de l’Information (ONU, Norwegian Defence International Center, NODEFIC, Oslo, Norvège
  • Certifié en Droits Humains (Université du Pays Basque, Espagne),
  • Journaliste de carrière,
  • Ancien fonctionnaire de l’ONU,

Ancien cadre du Programme d’Appui aux Partis Politiques du National  Democratic Institute (NDI)

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