ONU/Haïti :
Embargo sur les armes et sanctions ciblées
Depuis 2022, le Conseil de sécurité des Nations Unies a mis en place un régime de sanctions inédit visant à répondre à la crise multidimensionnelle qui secoue Haïti. Face à l’expansion des gangs armés, à l’augmentation du trafic d’armes, aux violations des droits humains et aux soupçons de collusion entre certains acteurs politiques, économiques et les bandes criminelles, l’ONU a créé un dispositif de sanctions destiné à restaurer la stabilité et à combattre l’impunité.
La création du Comité des sanctions
Le régime actuel trouve son origine dans la résolution 2653 adoptée le 21 octobre 2022 par le Conseil de sécurité. Cette résolution a créé le Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 2653 (2022) concernant Haïti, chargé de surveiller l’application des sanctions et d’identifier les personnes ou entités qui menacent la paix, la sécurité et la stabilité du pays.
Le Comité est composé des quinze membres du Conseil de sécurité et bénéficie de l’appui d’un Groupe d’experts chargé d’enquêter sur les réseaux criminels, le trafic illicite d’armes, le financement des gangs et les violations des sanctions.
Le renouvellement des sanctions en 2026
Dans un contexte de détérioration persistante de la sécurité en Haïti, le Conseil de sécurité a adopté, le 14 octobre 2026, la résolution 2831 renouvelant pour une année supplémentaire le régime de sanctions contre Haïti. Cette résolution prolonge également de 13 mois le mandat du Groupe d’experts chargé d’assister le Comité des sanctions.
Cette décision confirme la volonté de la communauté internationale de maintenir une pression soutenue sur les acteurs responsables de l’insécurité et de l’instabilité politique du pays. La résolution reconduit les principales mesures déjà en vigueur, notamment l’embargo sur les armes, les interdictions de voyager et le gel des avoirs visant les individus et organisations jugés responsables de menaces à la paix et à la stabilité.
L’embargo sur les armes : une priorité stratégique
L’une des mesures les plus importantes du régime de sanctions est l’embargo sur les armes. Initialement ciblé, cet embargo a été renforcé au fil des années pour couvrir l’ensemble du territoire haïtien.
L’objectif est de limiter l’approvisionnement des groupes armés qui contrôlent aujourd’hui plusieurs quartiers de Port-au-Prince et de nombreuses zones stratégiques du pays. Selon les rapports des Nations Unies, le trafic d’armes et de munitions demeure l’un des principaux facteurs alimentant l’expansion de la violence des gangs.
La résolution 2831 reconduit ainsi les restrictions sur :
la fourniture d’armes et de munitions ;
les équipements militaires et paramilitaires ;
l’assistance technique liée aux activités militaires ;
les financements destinés à l’acquisition ou à l’entretien d’armements.
Toutefois, certaines exemptions demeurent possibles pour les opérations approuvées par l’ONU ou destinées aux forces de sécurité autorisées par le Gouvernement haïtien.
Les sanctions contre les personnalités politiques et économiques
Le régime de sanctions ne cible pas uniquement les chefs de gangs. Ii vise également toute personne ou entité soupçonnée:
-de financer des groupes armés ;
-de faciliter le trafic d’armes ;
-de contribuer à l’instabilité politique ;
-de soutenir des activités criminelles ;
-de participer à des violations graves des droits humains.
Les mesures imposées comprennent notamment :
-le gel des avoirs financiers ;
-l’interdiction de voyager ;
-l’interdiction de recevoir un soutien économique ou financier international.
Parmi les individus désignés figure notamment Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », considéré comme l’un des principaux chefs de gangs du pays. Son inscription sur la liste des sanctions est liée à son implication présumée dans des actes de violence, des atteintes aux droits humains et des actions menaçant la stabilité nationale.
Les rapports récents du Groupe d’experts évoquent également des préoccupations concernant des cas de corruption, de malversation des ressources publiques et l’existence de liens présumés entre certains acteurs politiques, économiques et groupes armés, renforçant ainsi les appels à un élargissement de la liste des personnes sanctionnées.
Le rôle du Groupe d’experts
Le Groupe d’experts constitue l’un des piliers du dispositif onusien. Son mandat, prolongé de 13 mois par la résolution 2831, consiste notamment à :
-enquêter sur les violations de l’embargo sur les armes ;
-identifier les réseaux de trafic d’armes et de munitions ;
-documenter les activités criminelles menaçant la stabilité du pays ;
-analyser les cas présumés de corruption ou de détournement de ressources publiques ;
-soumettre des recommandations au Comité des sanctions.
La Force de répression des gangs et les défis persistants
En parallèle, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2829 à la fin du mois de septembre 2026 afin de proroger de six mois le mandat de la Force de répression des gangs (FRG), dans le cadre du soutien international à la lutte contre les groupes armés.
Malgré ces efforts, les Nations Unies continuent d’exprimer leur vive préoccupation face :
-à l’insécurité chronique ;
-aux déplacements massifs de populations ;
-à la malnutrition affectant les enfants ;
-aux attaques répétées contre les communautés ;
-à la fragilité des institutions démocratiques ;
-aux retards dans le processus électoral.
L’ONU souligne également l’importance du travail du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) pour accompagner les réformes institutionnelles indispensables au rétablissement durable de la paix.
Quatre ans après la création du régime de sanctions, le Comité des sanctions de l’ONU demeure un acteur central de la stratégie internationale en Haïti. En combinant embargo sur les armes, gel des avoirs, interdictions de voyager et enquêtes du Groupe d’experts, les Nations Unies cherchent à affaiblir les réseaux criminels et leurs soutiens politiques ou économiques.
Toutefois, la communauté internationale reconnaît que les sanctions ne constituent pas une solution suffisante à elles seules. Leur efficacité dépendra de la capacité des institutions haïtiennes à se renforcer, de la lutte contre la corruption, de la réduction des trafics transnationaux et de la mise en place d’un dialogue politique inclusif permettant de restaurer durablement l’État de droit en Haïti.
Magazine ‘’HAITI-ESPOIR’’

