POÉSIE
AVEC LES YEUX DU CŒUR DE MARTINE MILARD
L’œuvre <<Avec les yeux du cœur>> de Martine Milard s’inscrit dans une littérature à la fois autobiographique et spirituelle, où l’expérience personnelle devient source de réflexion universelle. À travers le récit de son parcours marqué par des épreuves profondes, l’auteure invite le lecteur à porter un regard nouveau sur la vie, fondé non pas sur les apparences, mais sur une vision intérieure empreinte d’amour, de foi et d’espérance.
Ainsi, ce texte dépasse le simple témoignage pour proposer une véritable démarche de transformation personnelle, où la souffrance, loin d’être seulement subie, peut devenir un chemin de croissance et de lumière. On peut alors se demander en quoi ‘’Avec les yeux du cœur’’ constitue une invitation à changer notre regard sur nous-mêmes, sur les autres et sur les épreuves de la vie.
Nous verrons que cette œuvre met en valeur, d’une part, la transformation du regard face à la souffrance, et, d’autre part, le rôle essentiel de l’amour, du pardon et de la foi comme voies de libération intérieure
Voir autrement : passer du regard extérieur au regard intérieur
Le cœur du texte repose sur une transformation du regard. Martine Milard invite à dépasser les jugements, les apparences et les blessures visibles pour accéder à une vision plus profonde de la vie: « Ce n’est pas avec les yeux du corps que l’on comprend la vie, mais avec ceux du cœur. » Ce message renverse notre manière habituelle de percevoir : On ne se limite plus à ce qui est visible. On cherche le sens caché des événements. On développe une forme de sagesse intérieure. C’est une invitation à une conversion du regard.
La souffrance comme chemin de transformation. L’un des messages les plus forts du texte est que la souffrance n’est pas inutile: « La douleur peut devenir une porte, si nous acceptons de la traverser». Au lieu de fuir ou rejeter la souffrance, l’auteure propose de l’accueillir, l’écouter, la transformer. Cela rejoint une idée spirituelle profonde : la souffrance peut devenir féconde si elle est vécue avec sens.
Le pardon comme libération. Le pardon occupe une place centrale. «Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est se libérer». Le pardon n’est pas présenté comme une faiblesse, mais comme un acte de courage, un chemin de guérison intérieure, une reprise de liberté. Le vrai poids n’est pas la blessure, mais ce qu’on en fait. L’amour comme clé de lecture de la vie.
Tout le texte est traversé par une vision où l’amour donne sens à tout. « Là où il y a de l’amour, même la nuit peut devenir lumière. » L’amour n’est pas ici un sentiment fragile, mais une force : qui transforme les relations, qui donne du sens aux épreuves, qui éclaire les zones sombres de la vie. L’amour devient une clé d’interprétation universelle.
La foi comme ancrage dans l’épreuve. La foi est présentée comme une force intérieure stable. « Quand tout vacille, il reste un lieu en nous où Dieu demeure. » La foi permet de tenir dans les moments difficiles, de ne pas sombrer dans le désespoir, de garder une espérance vivante. Elle agit comme un point d’ancrage intérieur.
L’espérance malgré tout. Même dans les situations les plus sombres, une lumière demeure. « Il y a toujours une lumière, même là où l’on croit qu’il n’y en a plus. » L’espérance n’est pas naïve, elle ne nie pas la douleur, elle la traverse, elle affirme que quelque chose de bon peut encore naître. C’est une espérance lucide et courageuse.
Dans “Avec les yeux du cœur“, Martine Milard propose une véritable philosophie de vie spirituelle : voir autrement, aimer davantage, transformer la souffrance, pardonner pour se libérer, garder l’espérance. Ce n’est pas seulement un livre à lire, mais un chemin intérieur à parcourir.

AVEC LES YEUX DU COEUR
En ces temps de grande turbulence
On entend que cri de guerre
Estuaire de violence
À l’embarcadère de la déchéance
Les larmes du ciel se déchaînent
Dans l’ivresse des vagues
Impétueuses, indifférente
Rythment les pas de ceux
Qui sont comme des gouttelettes de pluie tombé
Pour nourrir la terre
Alors humblement je quémande pour eux
Un regard avec les yeux du coeur
On détruit tout, on rase tout
Seul demeure le cri de leurs coeurs meurtris
Leur insécurité alimentaire
Leur insécurité tout court
Pour les sans-voix d’Haïti
Les oubliés de Gaza
Les anonymes du Mali
D’Afghanistan du Soudan
Tous les déshérités du sort
Je mendie un regard avec les yeux du coeur
Pour toi qui n’a que désespoir comme pain
La solitude portée telle une écharpe
Comme refrain
Je te vois sur ta croix
Avec les yeux de mon coeur
Porteur d’un message d’amour
Qui a goût du premier baiser
En offrande à un nouveau-né
Apportez donc des fleurs et ne laissez aucun bourgeon
Arrachez, extirpez pendant qu’il est temps
Ce flot de larmes qui ruissellent
Sur le sentier des arbres
Pour déraciner ce paquet de tortures
Et maquiller un peu cet étrange bouquet de silence
Pour ceux qui sont partis
Comme s’ils n’avaient jamais vécu
Comme si leurs étoiles ne devaient pas scintiller
Comme si leurs voix s’arrêtent et se cassent
Sur l’armure de l’océan des blessures
Tous ceux qui jusqu’ici
Inconnus de ces bataillons
Déchirés par des haineux
Habitant les voiles de la bêtise humaine .
À ceux qui n’ont connus
Que peine et abandon
Déception et trahison
À ceux blessés dans leurs âmes
Beaucoup plus que dans leurs chairs
Je demande donc un morceau de regard
Avec les yeux du cœur.
Le grand virage de l’humanité
Ne laisse pas de temps pour voir
Au-delà du visible
On se regarde, mais on ne se voit pas
On se parle sans s’écouter
On se frôle sans se toucher
On s’invente dans sa bulle.
Se réinventer avec autrui
Il ne reste sans doute que cette unique issue
Pour éviter l’autodestruction
De de notre humanité criblée de haine
D’égocentrisme
Alors pour nous, pour vous
Je quémande cet ultime regard
Avec les yeux du coeur
Afin de nous voir dans notre nudité
Qui est la seule vérité.
Martine Milard

