Haïti/politique
Le PM Alix Didier Fils-Aimé va-t-il passer le cap ?
Par Jean Hector Anacacis
Quelles leçons le Premier Ministre-Président Alix Didier Fils -Aimé a-t-il tiré de l’évincement du Premier Ministre-Président Ariel Henry, celui du Premier Ministre qui se croyait Président, Garry Conille, et du départ forcé du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) dont il a été le premier Ministre ?
Le poste de Premier ministre (PM) n’est pas une fonction administrative éternelle. Il est celui d’un chef de gouvernement, d’un serviteur de l’Etat parmi les autres, avec ses caractéristiques propres, et qui est passager. Alix Didier Fils-Aimé cherche-t-il à se maintenir à la tête du pays, à la manière de ses prédécesseurs ? Devrait-il comprendre que les représentants de la Communauté Internationale en Haïti, n’ont pas d’état d’âme, et qu’ils n’ont que des intérêts à défendre au profit des grandes puissances ? Ses membres en Haïti, ne sont-ils pas que des satellites et des agents
Il est probable que le Premier Ministre Fils-Aimé subisse le même sort que les autres PM qui avaient bénéficié du même soutien de la Communauté Internationale. Est–il en avance de phase par rapport à sa feuille de route insérée dans le Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Elections ? Il a quand même un Conseil Electoral qui ne maitrise rien, avec un décret électoral controversé, un calendrier qui ne correspond pas à la réalité politique actuelle. Mais, à quand les élections ? Tout cela se déroulerait bien si les leaders des partis politiques d’opposition ne s’y opposaient pas en rien.
Après 120 jours de pouvoir, conformément à la Constitution amendée, le PM Fils-Aimé est dans le viseur de l’opposition. Trois figures de l’opposition ont fixé une ligne rouge. Il s’agit de : Moïse Jean Charles de « Pitit Desalin », Dieuseul Simon Desras de « PALMIS » et Jonas Coffy de «PAPA ». Ils sont des ex-sénateur, ex-ministre et ex- député. Ils ont presque fait les mêmes trajectoires politiques en plus d’avoir été des serviteurs de l’Etat. Ils se sont mis ensemble pour dénoncer ce qu’ils jugent eux-mêmes comme des dérives dans le processus de transition. Ces trois mousquetaires critiquent sévèrement l’Administration Fils- Aimé en lui imputant les échecs du moment, tels que la crise sécuritaire dans l’Artibonite et l’Ouest, la paralysie du processus électoral et les dérives constitutionnelles.
Ces trois personnalités politiques ont dressé un tableau sombre de la situation haïtienne, dont la faillite institutionnelle. Ils font du 7 février 2026 une date-butoir pour le gouvernement, estimant que le PM est en arrivé à un point de non-retour. Par contre, ces trois leaders semblent oublier que le gouvernement a signé un pacte avec plus de 200 partis politiques et organisations de la société civile, lui donnant une légitimité et une feuille de route dans laquelle Fils-Aimé a pour mandat principal d’organiser les élections. Or, plusieurs leaders politiques de tendances différentes, ainsi que d’autres organisations de la société civile, ont renouvelé leurs appréhensions sur la capacité des membres du Conseil Electoral Provisoire (CEP) à bien mener le processus électoral devant conduire à des élections générales, libres et justes. Il y a de grands doutes sur certaines personnalités faisant partie du Conseil et de l’administration du CEP.
Le comportement des ex-Sénateurs et de l’ex-Député suscités, rejoint la position de Madame Marie Denise Claude, signataire du Pacte National pour la Stabilité. Elle eut à dire que : « Le pouvoir en place continue de vendre du rêve pendant que les signataires eux-mêmes dénoncent le non-respect du pacte politique. Le PM Alix Didier Fils- Aimé ignore les engagements pris, son gouvernement fonctionne sur le bluff, la propagande et les calculs de clan. Aucune vision, ni transparence, ni respect des accords… »
Ces trois compères sont-ils pas en train de rêver en demandant à la Communauté Internationale d’intervenir pour imposer un autre pouvoir transitionnel, car tout le monde se sentirait fatigué ? Du 7 février 2026 au 7 juin 2026, cela fera 120 jours, que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est seul à la tête du pays. Les leaders politiques, qui se plaisent à dénoncer le pouvoir en place, ont –ils une justification ? Le bilan de ce dernier suscite des avis partagés. Selon les partis les plus avisés, l’administration Fils-Aimé n’a pas réussi à redresser la situation socio-économique et sécuritaire du pays, en raison du manque de mesures concrètes et efficaces pour soulager la population, freiner l’expansion des gangs et améliorer les conditions de vie de la population.
Des priorités ont été fixées par des partis politiques, comme le Rassemblement des Démocrates-Nationaux Progressistes (RDNP) de Wadner Édouard, Pitit Dessalines de Jean-Charles Moise, Pati politik Ayisyen pou Ayiti (PAPA) de Jonas Coffy et le Parti pour la Libération des Masses et d’Intégration Sociale (PALMIS) de Simon Dieusel Desras, lesquels ont dressé un constat d’échec face à la persistance de l’insécurité. Entretemps les caïds intensifient leurs actes de violence, ils progressent dans leurs actions à travers plusieurs régions du pays, notamment dans l’Artibonite, en Plaine du Cul-de-Sac et à Port-au-Prince. Par ailleurs, on estime que les actions des groupes armés dans la Plaine ont coûté la vie à plus de 390 personnes, et des milliers de familles continuent d’être déplacées, d’après l’Organisation des Nations Unis. Ainsi donc, tous ceux, qui critiquent l’Administration Alix Didier Fils Aimé et le somment de quitter le pouvoir pour céder place à un pouvoir bicéphale, ont été tous au timon des affaires de l’Etat. Quels ont été leurs résultats ? A qui peut-on faire confiance ?
Alix Didier Fils Aimé a beaucoup de griefs contre lui, à cause de la politique de tortue qu’il est train de mener ; il a suffisamment d’opposants, d’ennemis et d’amis déçus qui pourraient s’ajouter sur la liste d’opposants et de farouches détracteurs. Par contre, la visite de l’émissaire américain, n’a-t-il pas changé la donne lorsqu’on regarde les diverses photos que les deux personnalités ont prises ensemble et qui faisaient la une des réseaux sociaux, en signe de mission accomplie.

Le Premier Ministre Fils-Aimé est-il devenu plus fort ou plus faible, puisqu’il exerce la fonction de chef d’Etat et, de plus, il n’y a pas de Parlement. Aussi, Alix Didier Fils Aimé ne détient –il pas à la fois les trois pouvoirs de l’Etat : l’Exécutif – le Législatif et Chef de gouvernement (Judiciaire) ? Les trois fonctions qu’occupe Alix Didier Fils Aimé ne le rendent –ils pas plus faible ?
Me. Anacacis Jean Hector
Ex- Sénateur de la République
Coordonnateur de LAPEH

