Éventuelle défaite de Lula
UN SÉISME GÉOPOLITIQUE EN PERSECTIVE !
Par Jean Hénoc Faroul
La nouvelle est tombée comme un couperet. Le Président sortant du Brésil, Ignacio Lula Da Silva, est arrivé en deuxième position au premier tour de la présidentielle brésilienne le Dimanche 4 Octobre 2026. Son grand rival, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien Président Jair Bolsonaro, a gagné la première place avec 47.03% des votes contre 45.16% pour Lula. La surprise a été grande, car la moyenne des derniers sondages de Septembre donnaient 39,4 % des intentions de vote à Lula contre 33,6
% à Bolsonaro. Mieux que des marges d’erreur élevées, ce sont les indécis (27%) qui, en définitive, auront fait pencher la balance du côté du candidat du Parti Libéral (PL, extrême-droite). Quelque chose n’a donc pas été fait par le camp Lula ou réalisé par l’équipe de Bolsonaro pour attirer ces indécis qui représentaient un quart des intentions de vote.
Vu les grands enjeux géopolitiques et de politique interne, la présidentielle était évidemment la plus importante, mais les joutes de dimanche dernier s’agissaient en fait d’élections générales appelées à remplacer le Président de la République, le Vice-Président, la Chambre des Députés
au complet, les deux tiers (2/3) du Sénat fédéral, les Gouverneurs des États fédérés et les Assemblées de ces États. À la Chambre Basse, le parti libéral a remporté 121 sièges contre 88 pour le parti des travailleurs ; le parti d’union progressiste, 87 ; le parti démocratique social, 43, et les autres partis, 174. Au Sénat fédéral, 19 sièges sont allés au PL contre 6 au PT.
Malgré l’avantage de Lula aux sondages, le Magazine HAITI-ESPOIR avait prédit que si le chef du Parti des Travailleurs (gauche) ne gagnait pas les élections dès le premier, il connaitrait la même défaite que l’ex-Président colombien Gustavo Petro. Il ne pourrait visiblement pas compter sur un report de votes des candidats mineurs presque tous de droite comme Bolsnaro : les Augusto Curry (Centre, 2.89%), Renan Santos (Droite, 2.24%), Ronaldo Caiado (Droite, 2.18%). Avec sa deuxième position, la situation est devenue encore plus compliquée. Un report des votes du centriste Curry, en sa faveur, ne pourra sauver Lula de la défaite, alors qu’une partie des scores des candidats malheureux de la droite modérée suffira pour donner la victoire à Bolsonaro.
Comment expliquer une telle déconvenue pour un Lula très en vue dans l’opinion mondiale ?
Lula semble plus populaire dans le reste du monde que dans le pays de la Samba et du ‘’futebol’’. L’homme a embrassé la cause d’un monde multipolaire basé sur la fin de la domination unipolaire étatsunienne, laquelle s’étant renforcée dans le monde après la dislocation de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) le 26 Décembre 1991. Ce qui lui a conféré une certaine notoriété mondiale parmi certains pays pauvres, appauvris ou en développement, et aux côtés des pays contestataires de l’ordre mondial, comme la Russie et la Chine. Il paraissait sympathique pour tous ceux qui ne partagent la politique migratoire ou étrangère du Président des USA, Donald Trump dont il était un grand contradicteur. Lula était un leader mondialement respecté ; ses discours étaient assez applaudis à l’ONU.
Le problème doit venir de sa politique intérieure basée sur :
- une réforme fiscale empreinte de justice sociale, captant plus de ressources des classes aisées en vue de financer sa politique sociale ;
- des programmes sociaux (lutte contre la pauvreté, logements sociaux, services publics de santé, revalorisation salariale). Durant son passage à la tête de l’Etat (2003-2007, 2007-2011, 2023-2027),
le Brésil a connu de grands progrès sociaux : des dizaines de millions de Brésiliens sont, soit sortis de la misère, soit passés à la classe moyenne.
- la protection des forêts amazoniennes. Autant d’éléments susceptibles de polariser la société brésilienne.
Sur le plan de politique étrangère, il s’alignait sur le BRICS, soutenait les alternatives à la Banque Mondiale et le FMI et réclamait un élargissement du Conseil de Sécurité aux puissances émergentes.
Les contrecoups de sa politique fiscale justicialiste et de ses programmes sociaux entrainant l’inflation, en plus de la perception de la corruption, ne sont pas pour plaire à de nombreux Brésiliens. Sa base sociale n’a pas semblé se mobiliser pour lui octroyer un quatrième mandat, alors que l’Amérique du Sud est en train de basculer dans l’escarcelle des groupes politiques de la droite conservatrice. Après le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, la Bolivie, le Chili, l’Argentine, le Paraguay, le Pérou, le Brésil de Lula représentait le seul régime politique de gauche dans le sous-continent sud-américain. Enfin, l’âge du vieux combattant de 80 ans, n’était pas pour arranger les choses.
Si le 25 Octobre Lula ne réalise pas la ‘’remontada’’, ce qui est peu probable, le Brésil entrera dans une politique intérieure droitière favorable aux seules classes dominantes, et surtout, son successeur fera le retrait de tout ce dynamisme brésilien au sein des BRICS+. Et ce sera pour la Russie et la Chine, et pour tous les militants du monde multipolaire, un grand séisme géopolitique…
Me. Jean Hénoc Faroul, M.A
- Master en droit / Relations Internationales
- Licencié en Droit,
- Défenseur des Droits Humains
- Licencié en Communication Sociale,
- Certifié en Administration Publique,
- Certifié en Analyse de l’Information
- (ONU, Norwegian Defence International Center, NODEFIC, Oslo, Norvège),
- (Université du Pays Basque, Espagne),
- Journaliste de carrière
- Ancien fonctionnaire de l’ONU,
- Ancien cadre du Programme d’Appui aux Partis Politiques du National Democratic Institute (NDI)

