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Forces Armées d’Haïti

VERS UNE NOUVELLE DOCTRINE  MILITAIRE HAITIENNE !

Par Jean Hénoc Faroul

Le Ministère de la Défense Nationale d’Haïti a annoncé le Vendredi 24 Avril 2026, la mise en place d’une commission d’experts pour l’élaboration d’une nouvelle doctrine militaire haïtienne appelée à encadrer les missions de l’armée remobilisée. Cela rentre dans le cadre des priorités du Plan d’Action 2026-2027 du nouveau Ministre Mario Andrésol. Cette commission est composée d’une douzaine de spécialistes de différents  domaines : géopolitique,  criminologie, études stratégiques et de sécurité, histoire militaire, droit, etc.  Au sein de la commission on retrouve les personnalités suivantes :

  • L’ancien Général et Président de la République, Prosper Avril (Septembre 1988-Mars 1990) ;
  • Le Colonel Antoine Atouriste, ancien responsable du CICC (un organisme de lutte contre la drogue) et de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) ;
  • Le Lieutenant –Colonel Marie Sandry Charles Pierre ;
  • Dr. Prosper Charles, membre du Groupe de Travail sur la Sécurité ;
  • L’historien Georges Michel ;
  • Me. James Boyard, ex-Inspecteur Général de la Police Nationale, Chef de Cabinet du Ministre de la Défense et  connaisseur en droit international.

Une note de cadrage, comprenant en résumé les éléments essentiels du projet, a été remise à cette commission, pour lui servir de guide dans l’élaboration de la nouvelle doctrine militaire nationale. Dans ce document se détachent trois éléments essentiels :

– l’extension de la notion classique de ‘’défense nationale’’ haïtienne, aux menaces asymétriques (des combattants irréguliers et sous-équipés, comme les terroristes et les guérilleros) et hybrides (utilisant des moyens militaires ou non militaires) ;

– le respect des principes démocratiques (comme la neutralité politique) ;

– le respect des droits humains ;

– les relations civilo-militaires.  

Il s’agit là d’une question importante, car la nouvelle armée d’Haïti en pleine remobilisation peut encore soulever des questionnements et même des inquiétudes en raison, non seulement de l’évolution de la société, mais aussi au regard des expériences faites avec cette force publique nationale qui a été dissoute en 1995. Effectivement, la conjoncture actuelle exige que les FAd’H ne se limitent pas aux seules missions de protection des espaces terrestre, maritime et aérien contre des menaces externes. 

De plus, durant son existence notre principale force publique n’avait pas toujours été en harmonie avec les principes:

  • démocratiques,
  • de neutralité politique (contrairement à l’article 265 de la Constitution),
  • de respect des droits humains,
  • de respect des droits politiques des citoyens haïtiens, et
  • de bonne relation avec la population civile.

Au point d’être vue comme une force de répression au service des pouvoirs dictatoriaux et des anti-progressistes tant internes qu’externes. Certains arrivèrent même à la qualifier d’armée antinationale, une étiquette qui repoussait une bonne partie de la jeunesse haïtienne intéressée à la carrière militaire.  Conscient de toutes ses contraintes, le nouveau Ministre Mario Andrésol entend guider la nouvelle armée sur la voie de la modernité. Et c’est de bonne guerre !

Le Président Donald Trump, son Chef d’État-Major interarmes et son Ministre de la Guerre.

De la doctrine militaire :

La doctrine militaire est un ensemble de principes et de théories, qui génère des politiques, des normes, des stratégies, des méthodes et des procédures dans l’organisation militaire. Elle permet d’établir des directives communes, de guider l’action militaire. Une doctrine militaire traite de comment une armée compte jouer son rôle; en d’autres termes, de comment elle entend utiliser ses moyens pour accomplir  sa mission, telle qu’établie par la Constitution, la loi organique, le manuel de justice militaire (MJM) et les règlements disciplinaires. La doctrine unit donc leurs choses avec leurs principes. La doctrine militaire n’est pas dogmatique, car elle est appelée à évoluer au fil du temps. 

Le Président Donald Trump, son Chef d’État-Major interarmes et son Ministre de la Guerre.

<< La doctrine des armées (la doctrine militaire) a subi  certaines métamorphoses : certaines simples ; d’autres drastiques, produit des fluctuations propres à l’art de la guerre ; comme un moyen de rechercher l’efficacité et l’efficience.>>, a dit Miguel Angel Cordero Mejía, Major Général de l’Armée Dominicaine dans son ouvrage ‘’Les Forces Armées, Histoire et Perspectives’’.  Il a reconnu que la doctrine militaire dominicaine a été en grande partie façonnée par l’occupation du pays par les Etats-Unis entre 1916-1924 et par l’intervention des Marines le 28 Avril 1965 à Santo Domingo pour mettre frein au mouvement progressiste des militaires constitutionnalistes. 

En Décembre 2025, le Gouvernement des USA a publié ‘’une nouvelle doctrine de sécurité nationale’’ qui revêt un caractère impérialiste dont les contours ont été dévoilés par le Secrétaire d’Etat Marco Rubio, lors d’un discours devant ses partenaires de l’OTAN. Le caractère agressif ou offensif se dénote d’ailleurs dans la nouvelle appellation du ‘’Ministère de la Défense’’ en ‘’Ministère de la Guerre’’. Cette nouvelle doctrine militaire ou de sécurité nationale, fait de la Chine Populaire son principal adversaire, en lieu et place de la Russie, l’ex-Union Soviétique.  

Pour rappel, la doctrine de l’armée indigène (armée de libération nationale d’Haïti) s’était basée sur les principes de liberté, d’émancipation des esclaves et d’égalité en droit. De ce fait, il serait presqu’impossible de la voir défendre les colons esclavagistes ou le colonialisme.

Importance d’une doctrine militaire

L’efficacité d’une armée ne réside pas seulement dans la quantité de personnel, sa capacité matérielle, ses moyens financiers et son niveau de développement technologique. La question de doctrine militaire revêt une importance capitale. La doctrine lui permet de savoir :
–  vers quoi tourneront ses actions ;
–  quels sont les ennemis potentiels de la Nation ;
–  quelle est la principale menace à laquelle elle aura à faire face ;
–  et comment faire pour dissuader ses ennemis ;
–  et comment les vaincre, le cas échéant, sur les champs de bataille.
 
C’est la base idéologique et stratégique sur laquelle repose une armée pour atteindre les objectifs nationaux. La doctrine détermine :

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un cadre pour l’emploi des forces ;

  • la finalité des actions ;
  • la liaison entre la stratégie politique et les actions tactiques ;

–       bref, les principes fondamentaux sur lesquels se baseront les actions militaires.

Par exemple aujourd’hui les doctrines militaires russe et chinoise semblent être défensives : ne pas attaquer les premiers comme les USA, mais détenir une bonne capacité dissuasive basée sur les armes conventionnelles de plus en plus sophistiquées, les armes nucléaires et les armes économiques.

En général, les doctrines militaires naissent des expériences historiques vécues soi-même ou par les autres nations. Elles évoluent à travers le temps et suivant les circonstances ou les conjonctures. Sans sa doctrine militaire dénommée ‘’mosaïque’’ ou ‘’doctrine de la survie stratégique’’, l’Iran n’aurait pas pu mettre en échec la première puissance militaire du Monde (les USA) en même temps que la première puissance militaire du Moyen-Orient (Israël). Les stratèges militaires Iraniens ont tiré expérience de la guerre de 9 ans (1979-1988) contre l’Irak soutenu par l’Occident, de la déroute de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, et peut-être aussi de l’échec des USA en Afghanistan.      

Quelle doctrine militaire pour Haïti en 2026 ?

Au milieu, le ministre de la Défense, Mario Andrésol entouré de membres du Haut-Etat Major de l’Armée

La mission des Forces Armées d’Haïti, est ainsi fixée dans la loi-mère en vigueur :  

 ARTICLE 266: << Les Forces Armées ont pour attributions:

a) Défendre le Pays en cas de guerre;

b) Protéger le Pays contre les menaces venant de l’extérieur;

c) Assurer la surveillance des Frontières terrestres, maritimes et aériennes;

d) Prêter main forte sur requête motivée de l’Exécutif, à la Police au cas où cette dernière ne peut répondre à sa tâche;

e) Aider la nation en cas de désastre naturel;

f) Outre les attributions qui lui sont propres, les Forces Armées peuvent être affectées à des tâches de développement. >>

Haïti en 2026, a grand besoin d’une nouvelle doctrine militaire. On sait que cette ‘’armée’’ qui était en fait une gendarmerie, beaucoup plus chargée de missions de police, avait été créée sous  l’occupation ou le protectorat étasunien de 1915 à 1934. Son rôle était donc de garantir ‘’la pax americana’’ contre toutes les forces externes (allemande durant la Première Guerre Mondiale de 1914 à 1918 et la Deuxième Guerre Mondiale de 1939 à 1945), ainsi que contre les forces internes (la rébellion Caco et les mouvements d’inspiration gauchiste en vogue après la victoire de l’Union Soviétique sur l’Allemagne nazie en Mai 1945).

La mission de cette armée/gendarmerie semblait être également de garantir la pérennité de la dictature des Duvalier de 1957 à 1986, et des néo-duvaliéristes, de 1986 à 1994. Conscient de la nécessité de changer de paradigme, le Major Gérard Dalvius avait publié en 1987 l’ouvrage institué  ‘’Une Armée pour la Démocratie en Haïti’’. Dalvius avait été ‘’mis à la réforme’’ pour des raisons qui n’étaient point de l’inaptitude physique ou mentale. 

Aujourd’hui, l’armée haïtienne est surtout appelée à éradiquer  des forces asymétriques et hybrides internes, sans cesser de servir de force de dissuasion contre tous ceux qui croient l’Etat et le peuple haïtiens totalement sans défense.   

Me. Jean Hénoc Faroul, M.A

  • Maitre en Droit/Relations Internationales,
  • Licencié en Droit,
  • Licencié en Communication Sociale,
  • Certifié en Administration Publique,
  • Certifié en Analyse de l’Information (ONU, Norwegian Defence International Center, NODEFIC, Oslo, Norvège
  • Certifié en Droits Humains (Université du Pays Basque, Espagne),
  • Journaliste de carrière,
  • Ancien fonctionnaire de l’ONU,

Ancien cadre du Programme d’Appui aux Partis Politiques du National  Democratic Institute (NDI)

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