Culture

Jean Claude Louis Sidney : Un passeur de mémoire

Par Martine MILARD

Jean Claude Louis Sidney

Jean Claude Louis Sidney, passeur de mémoire et acteur engagé en Martinique

Entre engagement militant, travail de mémoire et valorisation culturelle, Jean Claude Louis Sidney s’impose comme une figure discrète, mais active du sud de la Martinique. De Rivière-Pilote à Sainte-Luce, son parcours témoigne d’un attachement profond à l’histoire et aux traditions de l’île. Il enseigne le Créole et le Français au collège. Il a effectué des études à l’Université Antilles -Guyane pour l’obtention d’un diplôme d’études universiraires générales (DEUG) d’anglais ainsi qu’une maîtrise de Langues et Culture Régionale, option Créole, et un DEA “CARAÏBE, AMÉRIQUE LATINE ET DU NORD -Martinique “. C’est aussi un technicien agricole très attaché à la terre, prenant du plaisir à transmettre ses connaissances à ce niveau.

Un ancrage dans le sud martiniquais

Originaire de Rivière-Pilote et aujourd’hui installé à Sainte-Luce, dans le quartier de Lépinay à proximité de la forêt de Montravail, Jean Claude Louis Sidney a grandi dans un environnement marqué par une forte identité culturelle et un héritage de luttes sociales. Dès l’âge de 7 ans, dans les années 1960, ses sœurs aînées l’entraiînaient dans des ateliers de découverte culturelle : théâtre, chants et danses. Cet ancrage territorial a façonné une sensibilité particulière aux questions de mémoire, de transmission et de solidarité, qui traverse l’ensemble de son parcours. Il a été président de l’association SANBLAJ POU FÈ KREYOL LEKOL et animé des ateliers “li épi matjè kréyol” pour un public de jeunes et d’adultes au sein d’associations, et en collaboration avec des municipalités, en vue de transmettre la beauté de cette langue qui peut être considérée comme un pont avec les autres peuples de la Caraïbe.

Un engagement militant et médiatique

Il est membre actif du Mouvement CNCP (Conseil National des Comités Populaires), Mouvement APAL (Asé Pléré, Annou Lité « Cessons de nous plaindre, Luttons “). Le mouvement s’était doté de deux médiums de communications, le journal Asé Pléré An Nou Lité et la Radio APAL. Cette radio s’était clairement positionnée comme un relais de la cause indépendantiste martiniquaise, dont l’objectif principal était la promotion de la langue créole et de la culture martiniquaise, en sus de la politique. Une radio qui a marqué les esprits par le contenu de ses émissions, orienté vers la formation et l’éducation du peuple par l’originalité de son programme musical fondé sur la diffusion de la musique des peuples. Radio APAL a apporté bien des éléments pour la connaissance, par ses nombreuses émissions sur le passé historique et ses relations développées et entretenues avec les pays de la Caraïbe dont Haiti avec lequel il réalisait chaque semaine une émission

 (Nouvel Ayiti). Il a réalisé l’enregistrement d’entretiens avec un très grand nombre de personnalités du pays dans divers domaines. Des émissions qui constituent désormais un patrimoine de témoignages de grande valeur, et qui seront archivés comme tels.

Jean Claude participe à des initiatives visant à sensibiliser la population aux enjeux historiques et sociaux de la Martinique. Son engagement s’est également exprimé sur les ondes de Radio APAL, où il a animé des émissions consacrées à la réflexion critique et à la valorisation des expressions culturelles locales.

Il a apporté sa contribution pour briser les sceaux de l’ignorance de l’histoire de son île en pratiquant la radiographie de la société, en vue de panser ses plaies, stimuler la réflexion, nourrir la mémoire en acceptant l’héritage occulté des racines africaines.

La transmission des traditions musicales.

La musique typique du terroir qui ravit et captive l’auditoire n’est pas une passion annexe pour cet amoureux du bèlè qui demeure l’âme musicale traditionnelle et emblématique de l’île avec ses tambours et ti bwa qui orchestrent un exquis dialogue depuis la période de l’esclavage. Avec un groupe d’amis il compose et joue de la musique source d’évasion et de voyage vers des horizons reposant pour lui afin de communiquer des valeurs de partage propre à une éducation familiale d’une grande richesse humaine.

Attaché à la culture vivante, il est également membre de l’Association des Amis de l’Accordéon et de la Musique Traditionnelle (AMAMTRA). À travers cette implication, il contribue à préserver et transmettre les pratiques musicales traditionnelles, éléments essentiels du patrimoine martiniquais.

Un travail de recherche sur une histoire méconnue 

Au-delà de son implication associative, Jean Claude Louis Sidney s’est intéressé à l’histoire sous un angle académique. Il a consacré un mémoire de DEA à l’arrivée des Congos en Martinique entre 1857 et 1862.

Ce travail met en lumière une composante souvent oubliée de l’histoire de l’île, en soulignant le rôle et l’apport de ces populations dans la construction de la société martiniquaise.

Une présence discrète au service de la mémoire

Sans rechercher la visibilité, Jean Claude Louis Sidney poursuit un engagement constant en faveur de la transmission et de la valorisation de l’histoire martiniquaise. À travers ses actions, il participe à faire vivre une mémoire collective essentielle à la compréhension du présent et à la construction de l’avenir.

Martine MILARD

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