Haïti/Politique
LE PM FILS-AIMÉ DANS LA TOURMENTE!
L’Administration monocéphale dirigée par le Premier Ministre-Président de la République, M. Alix Didier Fils-Aimé, se trouve dans la tourmente. De plus en plus de formations politiques du pays réclament sa démission après ses 120 jours de gouvernance, au 7 Juin 2026, même parmi les signataires du ‘’Pacte pour la Stabilité et l’Organisation des Elections’’. Pourtant, on disait auparavant que la nouvelle formule de gouvernance monocéphale de Fils-Aimé, n’avait pas un mandat déterminé, mais une mission. Etait-ce donc un piège que d’avoir fait allusion à l’article 149 de la Constitution amendée ?
Article 149: << En cas de vacance de la Présidence de la République soit par démission, destitution, décès ou en cas d’incapacité physique ou mentale permanente dûment constatée, le Conseil des Ministres, sous la présidence du Premier Ministre, exerce le Pouvoir Exécutif jusqu’à l’élection d’un autre Président. Dans ce cas, le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République pour le temps qui reste à courir a lieu soixante (60) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance, conformément à la Constitution et à la loi électorale. >>
Le ‘’Pacte pour la Stabilité et l’Organisation des Elections’’, qui est une entente extraconstitutionnelle, n’a pas fait mention de l’article 149. L’erreur commise fut donc de n’avoir pas eu le courage de mettre la constitution en veilleuse pour tout ce qui n’était pas réalisable dans la conjoncture actuelle, comme l’avait l’ancien Général-Président Prosper Avril en 1989.
Il est vrai que les plus importants partis politiques ayant endossé ce document de gouvernance exceptionnelle, faisant partie du Gouvernement de coalition nationale, n’ont pas encore fixé leur position. Si les critiques se poursuivent avec véhémence, cela pourrait les mettre dans un embarras très dérangeant pour Fils-Aimé.
Ce dernier avait été intronisé le 7 Février 2026 comme Chef d’Etat et de Gouvernement, suite à la fin de mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) de neuf membres. Fils-Aimé dirigeait déjà le cabinet ministériel au moment du départ du CPT qui voulait le renvoyer pour faciliter un certain replâtrage ou son maintien à la Présidence. Mais, grâce au soutien de la communauté internationale, qui redoutait ce qu’elle appelait ‘’une instabilité gouvernementale’’, il avait non seulement gardé son poste, mais aussi il est resté comme Chef d’Etat. Ce qui n’avait pas plu à une bonne partie de la classe politique toujours en quête de vide à combler. Malgré qu’il ait eu gain de cause sur le CPT et une partie de la classe politique, Fils- Aimé se trouvait dans l’obligation d’adoucir la pilule et se faire accepter. Être tout à la fois Premier Ministre et Président de la République, représente un cas assez exceptionnel dans la gouvernance politique et administrative du pays. Il avait pu donc concocter un minimum de consensus national dénommé ‘’Pacte pour la Stabilité et l’Organisation des Elections’’, lequel avait été signé par, dit-on, 500 organisations politiques et de la société civile, parmi lesquels des ‘’partis majeurs’’ qui ont intégré son Gouvernement. Cependant, la mission du nouveau Gouvernement, comme cela avait été le cas pour le CPT, était principalement de :
- rétablir la sécurité ;
- réaliser le retour des déplacés internes ;
- organiser les élections.
Pour l’insécurité, après quelques petits progrès à la capitale, des massacres ont été enregistrés dans le département de l’Artibonite. Même à la capitale, des affrontements entre gangs ont causé le déplacement de milliers de gens de la Plaine du Cul-de-Sac. Les routes nationales sont toujours restées bloquées, malgré le début de déploiement de la Force de Répression des Gangs (FRG), l’augmentation des effectifs de la police et de l’Armée. Il n’en fallait pas plus pour que ses contempteurs se réjouissent et exiger son départ.

En ce qui concerne l’organisation des élections, elles ont été reportées sine die. Le Conseil Electoral Provisoire (CEP) et le gouvernement ne sont pas encore arrivés à s’entendre sur un décret électoral, un budget électoral et un calendrier électoral. Il est clair qu’on ne saurait s’engager dans de élections sans résoudre ce problème de l’insécurité.
Pour comble, Fils-Aimé fait l’objet d’autres critiques pour des contrats jugés irréguliers et léonins passés avec des firmes internationales et nationales.
Le Pacte pour la Stabilité et l’Organisation des Elections lui donnait une certaine légitimité. Or, il se trouve que parmi ses signataires, ils sont nombreux à lui rappeler que l’article 149 de la Constitution parlant de vacance présidentielle lui donnait un mandat 90-120 jours pour organiser les élections, lequel mandat prend fin le 7 Juin 2026.
Pour l’instant, l’International n’a pas voulu trop vite entrer dans la logique des critiques acerbes de Fils-Aimé. Mais, certains ont l’impression que ce dernier ne bénéfice plus du fort soutien qu’on lui accordait face au CPT.
Fils-Aimé va-t-il partir? Tout dépend du nouveau rapport de force dans lequel la communauté internationale restera encore la pièce maitresse.
Est-on, cette fois-ci, dans une nouvelle dynamique guidée par l’intérêt national, ou du moins, sont-ce encore des caporaux qui réclament la mort du sergent?
HAITI-ESPOIR

