Poutine chez XI Jinping
LES MULTIPOLAIRES BÉTONNENT LEUR ALLIANCE!
Par Jean Hénoc Faroul
À l’issue de la visite d’État du leader russe en Chine, Vladimir Poutine et Xi Jinping ont signé le 20 Mai 2026 une importante déclaration commune sur l’Etablissement d’un Monde Multipolaire et de Relations Internationales de Type Nouveau. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une entente sino-russe visant à contrer le Monde unipolaire dominé par les USA depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale en 1945 et surtout suite à la dissolution de l’Union Soviétique, en 1990. Ce nouvel engagement bilatéral représente un renforcement du Traité de Bon Voisinage, d’Amitié et de Coopération qui liait déjà les deux compères en plein affrontement stratégique avec Donald Trump.
Le Président russe Vladimir Putin est arrivé en Chine le Mardi 19 Mai 2026 pour une visite officielle de 2 jours, au cours de laquelle il a eu des discussions avec son homologue chinois, Xi Jinping. Il a été accueilli sur le tarmac de l’aéroport par le Ministre chinois des Affaires Etrangères, Wang Yi, un officiel de moindre rang que le Vice-président qui avait accueilli Donald Trump lors de son arrivée à Pékin le 13 Mai. C’est la deuxième visite d’État du leader russe en Chine en l’espace de deux ans.
Les 15-17 Mai 2024, Poutine y avait séjourné pour renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays.
Avant son départ pour Pékin, Poutine a indiqué que seront abordées << les questions touchant aux intérêts fondamentaux des deux pays, incluant la défense de la souveraineté et l’unité nationale. La Russie et la Chine envisagent l’avenir avec confiance, tout en développement activement leur coopération dans les domaines politique, économique et militaire, en élargissant les échanges humanitaires et en encourageant les contacts entre les peuples. Ensemble, elles œuvrent à tout ce qui contribue au renforcement de leur coopération bilatérale…>>
Le contexte de cette rencontre :
Deux ans après la dernière visite officielle de Mai 2024, les choses ont assez évolué sur l’échiquier géopolitique. La tournure prise avec la guerre lancée contre l’Iran par le tandem USA-Israël, a apporté les nouveautés suivantes :
- La capacité de riposte musclée et la résilience de l’Iran ont surpris ses 2 grands adversaires, les USA et l’Israël, respectivement la première puissance militaire mondiale et la première puissance militaire au Moyen-Orient ;
- Plusieurs bases militaires Etasuniennes au Moyen-Orient ont subi des frappes et rendues presqu’inopérantes ;
- Les alliés US de la région ont subi des frappes significatives ayant entrainé des dégâts matériels qui affectent leur production vitale d’énergie ;
- L’Iran finit par contrôler le Détroit d’Hormuz ;
- Les USA établissent peu ou prou un blocus maritime non loin du détroit dans l’Océan Indien ;
- Les prix du carburant explosent sur le marché international et provoquent une récession mondiale;
- Presqu’impuissant, Trump s’est rendu en Chine pour mieux sortir du bourbier iranien et s’entendre avec Xi Jinping sur les contentieux de leurs relations bilatérales.
La Russie et la Chine unis contre les USA :

N’était la rivalité sino-étasunienne pour l’hégémonie mondiale, les relations sino-russes ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui, bien que la Chine soit devenue une bouée de sauvetage pour Vladimir Poutine.
La Chine a besoin du partenariat stratégique russe pour :
- renforcer sa puissance militaire ;
- obtenir du pétrole et du gaz naturel payés en monnaie chinoise, loin des contraintes du pétrodollar ;
- continuer le processus de dé-dollarisation de l’économie mondiale ;
- son soutien dans le processus de récupération de Taiwan ;
- profiter du grand excédent commercial dans ses échanges avec la Russie, même si les USA sont ses principaux clients ;
Pour sa part, la Russie a besoin de la Chine pour :
- l’aider à faire face aux sanctions occidentales ;
- le soutenir dans sa guerre en Ukraine ;
- lui permettre de toujours écouler en Chine son pétrole et son gaz naturel, sa principale source de revenus ;
- constituer un front commun contre l’hégémon étasunien.

La Chine a donc moins besoin de la Russie qui se trouve presqu’à sa merci, que des USA. De ce fait, un rapprochement Washington-Pékin pourrait avoir des effets stratégiques dévastateurs pour la Russie. Pour récupérer Taiwan et sauvegarder l’ouverture du marché étasunien aux produits chinois, Xi Jinping entrerait dans toutes les compromissions. Tout compte fait, les USA ont plus à offrir à la Chine que la Russie. Et les Russes le savent.
L’expérience a prouvé que même au plus forts de la Guerre Froide (1949-1989), Pékin n’avait pas hésité à se rapprocher des USA au détriment de l’Union Soviétique, son allié idéologique communiste. Ce rapprochement avait permis à la Chine Populaire de remplacer Taiwan à l’ONU comme unique représentant du peuple chinois en Octobre 1971. Le tout fut couronné par une visite officielle en Chine Populaire du Président US, Richard Nixon en Février 1972. Il est vrai que 2 ans plus tôt, la Chine et l’URSS se sont affrontées dans le cadre d’un conflit frontalier qui avait failli aboutir à des frappes soviétiques sur les installations nucléaires chinoises naissantes.
Le pragmatisme chinois n’a pas son égal dans le Monde. Le Président Xi Jinping, dans une allocution-choc qui a fait le tour du Monde, avait indiqué que la Chine et les USA ont plus d’intérêt à ‘’être des partenaires, plutôt que des rivaux’’. Autant d’inquiétudes pour Moscou. En effet, à son retour aux USA du voyage officiel en Chine populaire, Donald Trump a mis en garde Taiwan contre toute idée de proclamer leur indépendance. Une déclaration qui pourrait avoir mis la puce aux oreilles de Moscou. Poutine avait peut-être peur d’un rapprochement USA-Chine, mais Pékin n’y est pas encore….
Jean Hénoc Faroul

