Actualité Nationale D'Haïti

Réajustement du salaire des ouvriers

Sur fond de chômage et d’inflation !

Le Ministre de l’Economie et des Finances, M. Serge Gabriel Colin, a annoncé le Lundi 4 Mai 2026 au cours d’une conférence de presse donnée au siège social du Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES) à Delmas, que le Gouvernement a décidé de fixer à mille Gourdes le salaire journalier des ouvriers du secteur de la sous-traitance. Cette mesure est venue après une longue mobilisation de ces travailleurs qui réclamaient 3 mille Gourdes, comme réponse aux conséquences néfastes de l’inflation généralisée induite par la hausse des prix des produits pétroliers. Laquelle a eu des effets d’entraînement sur le coût de la vie en général, et des produits de première nécessité et de consommation courante, en particulier. En effet, les tarifs du transport en commun et de la nourriture, ont été révisés à la hausse depuis la guerre dans la région arabo-persique.

Aggravation de la crise sociale :

Bien avant la guerre au Moyen-Orient, la situation sociale en Haïti était des plus critiques. Le pays faisait déjà face aux deux plus grands maux de l’économie : le taux de chômage y était élevé, alors que l’inflation faisait rage (+ ou – 25%). Ces 5 dernières années, la dégradation des conditions socio-économiques du pays saute aux yeux. La paupérisation est passée de la pauvreté à la misère et de la misère à l’indigence. Les travailleurs sont confrontés à de nombreuses difficultés, notamment :

-La cherté de la vie ;

-La dévaluation de la monnaie nationale ;

-Les licenciements massifs dans les manufactures  causés par la fermeture de nombreuses entreprises et l’incertitude sur la prorogation durable de la Loi HELP/HOPE qui accordait des exemptions douanières à Haïti. En 2018, il y avait 70 mille emplois dans le secteur des zones franches tournées vers l’exportation. Huit ans plus tard en 2026, il en reste à peine 25 mille. 

Une crise sécuritaire sans précédent ayant provoqué le déplacement de plus d’un million et demi de personnes ;

Une hausse exorbitante des loyers, pour la plupart payés en dollar USD.

Les couches moyennes et populaires d’Haïti se trouvaient aux abois et en mode de survie. La guerre n’aura donc fait qu’aggraver une situation déjà insoutenable.

Les mesures d’accompagnement :

Énergie Solaire. Hôpital Universitaire de Mirebalais.

Cette décision, annoncée par le Ministère de l’Economie et  des Finances (MEF), au lieu du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST), serait l’aboutissement de plus de deux semaines de discussions au sein du Conseil Supérieur des Salaires (CSS). Celui, relevant du MAST, est constitué de 9 membres : 3 du Patronat, 3 du secteur Syndical et 3 du Gouvernement. Il ne s’agit donc pas d’une décision unilatérale du Gouvernement agissant sous les pressions de la rue, mais une mesure bien concertée entre les principaux intéressés.

En tout état de cause, le grand argentier national a indiqué que cette décision exprime la volonté du Gouvernement de répondre aux attentes des travailleurs. Selon lui, cet ajustement salarial sera étendu de manière progressive à d’autres secteurs de l’économie nationale. En plus de l’ajustement salarial, M. Colin a ajouté  qu’un montant de 625 millions de Gourdes, sera alloué à des mesures d’accompagnement en faveur des ouvriers durant les cinq derniers mois de l’exercice fiscal 2025-2026 : de Mai à Septembre. Cette enveloppe sera gérée par le Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES).

Par ailleurs, le Gouvernement encourage l’utilisation de l’énergie renouvelable dans les industries: les droits de douane sur les panneaux solaires, les inverters, les batteries et autres gadgets électriques assimilés à l’énergie verte, seront totalement exemptés des droits de douane dans le prochain Budget rectificatif. Une façon de soutenir la production nationale en soulageant les industries affectées par le coût des produits pétroliers.

A cet effet, 2 centrales solaires seront installées au Parc industriel de Caracol en 2027 pour une puissance totale de 13 Mégawatts. Le kilowatt/heure sera vendu aux usines et aux ménages à 21 centimes USD, au lieu du tarif actuel de 30 centimes. En République Dominicaine, le KW/h coûte environ 11 centimes USD; la moyenne mondiale étant de 17 centimes USD.    Les syndicats, jaunes ou roses, n’ont pas vraiment  réagi à cette annonce ; mais on sait déjà qu’ils diront que cette augmentation n’est pas satisfaisante. Leur représentante au sein du Conseil Supérieur des Salaires a expliqué son acceptation du salaire journalier tel qu’établi et du salaire à la production (à la pièce) qui sera dégagé dans le prochain budget général de la République. Entretemps, le calme est revenu au Parc Industriel Métropolitain de la Capitale, Port-au-Prince, où les ouvriers ont repris le travail le Mardi 5 Mai 2026.   

Trancher dans un dilemme :

Parc Industriel CODEVIC à Ouaminthe.

Les autorités publiques se trouvaient désormais dans un vrai dilemme. D’une part, elles ne sauraient pressurer le patronat pour de meilleurs salaires en faveur des ouvriers, dans le contexte actuel marqué par les destructions systématiques des biens appartenant à la classe d’affaires, l’incertitude planant sur la poursuite des avantages commerciaux de la Loi Hope/Help, les rançonnements payés aux groupes criminels, la contraction de l’économie haïtienne en croissance négative sur des années consécutives, etc. La plupart des grands investisseurs nationaux ont délocalisé presque toutes leurs activités du pays, en raison de la dégradation constante  du cadre d’investissements.  Il n’existe même plus d’incitatifs à les garder sur place.  

D’autre part, nos dirigeants ne sauraient ne pas être conscients des impacts négatifs de la conjoncture socio-politique sur la qualité et le niveau de vie des classes laborieuses. Trop augmenter les salaires, pourrait encore impacter négativement le niveau d’inflation, dans un pays ultralibéral où n’y a aucun mécanisme effectif de contrôle des prix.    

Dans un passé récent, des efforts louables ont été réalisés pour soulager les classes laborieuses par certaines mesures d’accompagnement : subvention du transport par la

création de compagnies publiques comme ‘’Dignité’’ pour les écoliers de partout, et  ‘’Service Plus’’ pour les ouvriers et le reste de la population. Gangrénées par la mauvaise gestion, le népotisme, la politisation, la négligence et la corruption, ces compagnies sont aujourd’hui l’ombre d’elles-mêmes. D’autres filets sociaux devraient être dégagés, comme les restaurants communautaires et ouvriers, afin de réduire l’extrême pauvreté. Mais, comment empêcher qu’ils soient détournés de leur objectif premier, comme ce fut le cas dans un passé récent ? 

HAITI-ESPOIR

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